NBA : QUI EST AJ DYBANTSA, LE Nº1 DE LA DRAFT 2026

Dans la nuit du 23 au 24 juin, des milliers de fans de basket du monde entier ont repoussé l’heure du coucher. Café à la main pour certains, boissons énergisantes sur le coin de la table pour d’autres, tous attendaient le même moment : la Draft NBA édition 2026. À plusieurs milliers de kilomètres de là, au milieu de Brooklyn, l’ambiance est toute autre. Les meilleurs prospects de la planète sont réunis dans une même salle. Les sourires masquent difficilement le stress, les familles retiennent leur souffle. Les carrières de soixante jeunes s’apprêtent à basculer.

 

Après la longue présentation traditionnelle, tout le monde n’attend plus qu’une chose. Dans quelques secondes, Adam Silver s’avancera vers le pupitre et prononcera la fameuse phrase : « With the first pick in the 2026 NBA Draft, the Washington Wizards select… ». Et cette année, la fin de la phrase n’a rien d’une évidence. Pour la première fois depuis des années, le suspense autour de l’identité du futur numéro un est total.Darryn Peterson y croit.Cameron Boozer aussi. Mais au milieu de cette attente et de cette tension, il y en a un pour qui le doute n’existe pas. Quelques rangs plus loin, AJ Dybantsa esquisse déjà un sourire. Costume noir sur les épaules, tête dans les mains, yeux clos ; AJ Dybantsa le sait. Après des années de travail, de sacrifices et de pression, cette soirée est la sienne.

« With the first pick in the 2026 NBA Draft, the Washington Wizards select… Anicet Dybantsa Jr »

Et il ne s’était pas trompé. Depuis des années, AJ parie sur lui-même. Depuis des années, il se voit ici, « dans la même cour que LeBron James, Allen Iverson ou Cooper Flagg ». « Ce n’était pas dans les plans d’être plus bas dans la Draft », lâchera-t-il quelques minutes plus tard, casquette des Wizards vissée sur le crâne. Plus qu’un rêve, il s’était fixé un objectif : être le numéro 1.

DU MARIAGE FORCÉ À L’IDYLLE

Quelques semaines avant la Draft, AJ Dybantsa flânait encore sur les boulevards parisiens, bien loin de Brooklyn. Entre la finale de Ligue des Champions, un détour par Roland-Garros pour son compatriote Francès Tiafoe ou encore un match de Betclic Elite entre Paris et Cholet, le futur numéro un profitait de ses derniers instants de calme dans une ville qu’il connaît bien. Car pour AJ, Paris n’est pas une destination les autres. Plus jeune, il passait régulièrement du temps en région parisienne avec ses sœurs, notamment à Trappes. Son lien avec l’Hexagone, il le doit à son père, Anicet Dybantsa, né au Congo et passé par la région parisienne avant de s’installer à Boston. Mais si Anicet lui a partagé son goût pour le drapeau tricolore, il lui a surtout transmis la passion pour le basketball : « Mon père m’a mis un ballon dans les mains, depuis, je ne fais que jouer », résume AJ.

À vrai dire, le basket était loin d’être une évidence pour le natif de Brockton. Plus jeune, AJ passe surtout son temps à jouer avec ses sœurs. Et même si son père insiste alors pour lui faire découvrir ce sport qu’il aime tant, rien n’y fait. Et puis un jour, une idée germe dans la tête d’Anicet. À 5 ans, loin d’être le fan de Kevin Durant qu’il est aujourd’hui, AJ est un fan de Spiderman. Costumes, vestes, chapeaux, … il n’a d’yeux que pour le super-héros. Et puis un jour, le miracle se produit. Alors qu’Anicet parcourt les allées des magasins pour faire ses courses, Anicet tombe sur un panier de basket à l’effigie de l’homme araignée. Sourire aux lèvres, le père de famille retourne à la maison : « AJ, viens voir dans ta chambre ». Lorsque le garçon y rentre, le panier Spiderman est sur sa porte. « À la base je n’aimais pas forcément le basketball, et mon père m’a acheté un panier Spiderman, comme j’étais accro. Il a toujours été accroché derrière ma porte, je suis amoureux du basket depuis ce moment-là », raconte aujourd’hui le nouveau joueur des Wizards. Le pari d’Anicet a fonctionné.

Les années passent. La passion grandit. À 11 ans, AJ annonce à son père qu’il veut devenir joueur NBA. Brutale, la réponse tombe immédiatement : « Arrête de rêver. Il y a plus de docteurs et d’avocats que de joueurs NBA dans ce monde. Je vais t’aider, mais tu dois avoir des A et des B. Si tu as un C, c’est fini ». Car si Anicet se réjouit aujourd’hui de voir que son fils ne peut plus sortir de la salle de sport une fois qu’il y est entré, c’est aussi grâce à lui et à certains sacrifices. « J’essaie de prendre les bonnes choses de chaque continent et de les implanter chez mes enfants. L’Europe et la France nous ont appris le travail acharné, le respect des aînés et l’aide de son prochain », explique-t-il. Ancien officier de police à Boston, le père d’AJ ne plaisante pas avec les règles. Une fois, son fils était rentré à la maison avec un C sur son bulletin. Malgré un tournoi prévu le week-end suivant, la sanction est immédiate. Anicet l’emmène bien à la compétition, mais le laisse sur le banc pendant tout le week-end. Dix ans plus tard, l’anecdote fait sourire. AJ n’a plus jamais obtenu une note inférieure à B. Une exigence qui a finit par façonner son quotidien de sportif de haut niveau.

Petit à petit, le panier Spiderman devient trop petit pour AJ. Et en 2020, en pleine période de pandémie, c’est le déclic pour AJ et son père. Comme des millions d’autres adolescents, AJ passe alors ses journées enfermé chez lui. À une différence près : lui passe son temps à s’entraîner. Pendant trois mois, il grandit de près de dix centimètres. Son corps change. Son jeu aussi. La flamme grandit. C’est à ce moment-là qu’ils comprennent. Ce rêve autrefois inaccessible est maintenant à portée de main. AJ n’est plus simplement un bon joueur de son âge. Il est peut-être déjà le meilleur de sa génération.

LA VOIE VERS L’ÉLITE

Médiatisé très tôt, observé partout où il passe, AJ Dybantsa ne semble pourtant jamais étouffer sous la pression. Son obsession reste la même : jouer, progresser et gagner. Le reste appartient aux autres. Déjà au lycée, AJ quitte le Massachusetts pour rejoindre Hurricane, dans l’Utah. Loin des grandes villes, des distractions et de l’agitation qui entourent les futures stars nationales. Le ton est donné, comme un symbole : priorité basketball. Lorsque vient le moment de choisir son université, les plus grands programmes du pays se bousculent. Près de 30 propositions en deux ans : Duke, North Carolina, Kansas ou encore Alabama, tous rêvent de l’attirer.  Pourtant, AJ privilégie un autre chemin. Direction BYU, dans l’Utah. Plus qu’un programme prestigieux, AJ recherche un environnement déjà pensé pour l’élite. Sur le banc des Cougars se trouve Kevin Young, ancien assistant des Phoenix Suns, entouré d’un véritable staff format NBA. Pour celui qui se projette depuis toujours au plus haut niveau, difficile d’imaginer meilleur cadre.

Le pari est gagnant. AJ Dybantsa s’impose comme l’une des principales attractions du basket universitaire américain. Meilleur scoreur de NCAA avec plus de 25 points de moyenne, une performance qu’aucun freshman n’avait réalisée depuis Trae Young en 2018, il confirme son statut de favori pour la première place de la Draft. Les salles se remplissent, les défenses s’adaptent à lui et les comparaisons avec les plus grands prospects de ces dernières années se multiplient. À mesure que sa cote grimpe, les succès collectifs s’accumulent aussi. D’abord champion du monde en U16 et U17 avec Team USA, il est même élu MVP lors du Mondial U19 2025 après avoir conduit les Américains vers un nouveau sacre.

À seulement 19 ans, AJ Dybantsa n’est déjà plus seulement un prospect. Il est devenu le visage d’une génération. Une superstar en devenir que la NBA attend désormais avec impatience.

UNE NOUVELLE ÉTOILE À WASHINGTON

En choisissant AJ Dybantsa en premier choix de la Draft, Washington n’a pas seulement sélectionné le meilleur prospect disponible. La franchise a confié son avenir à un joueur de 19 ans. Depuis son unique titre NBA en 1978, les Wizards vivent dans l’attente d’un retour au premier plan. Installée dans les bas-fonds de la Conférence Est ces dernières saisons, la franchise semble toutefois avoir retrouvé une direction claire depuis le début de sa reconstruction. Et pour franchir un nouveau cap, Washington est convaincu d’avoir trouvé son homme.

AJ Dybantsa est-il le joueur capable de faire basculer les Wizards dans une autre dimension ? À Washington, on en est persuadé. Du haut de ses 2m06, l’ailier américain possède un profil rare. Rapide, puissant et technique, il a tout ce qu’il faut pour déborder son adversaire et attaquer le cercle. Capable de finir en force comme en douceur, de créer son propre tir ou d’enchaîner les paniers en transition, AJ dispose déjà d’un arsenal offensif impressionnant pour son âge. Mais réduire l’ancien de BYU à ses qualités offensives serait une erreur. Grâce à sa longueur, sa mobilité et ses qualités athlétiques, le nouveau joueur des Wizards est également capable d’impacter une rencontre de l’autre côté du terrain. Sur l’homme, il est particulièrement difficile à éliminer et ses contres spectaculaires ont déjà fait le tour des réseaux sociaux. Une polyvalence qu’il revendique lui-même : « Je pense que je suis assez unique comme joueur. Je peux passer, shooter, prendre des rebonds, défendre, … ».

Washington espère justement pouvoir s’appuyer sur ce profil de joueur complet. Car malgré les progrès affichés la saison dernière, les Wizards possédaient encore le pire Defensive Rating de toute la NBA. Lors de leurs premiers échanges avec leur futur rookie, le message était d’ailleurs très clair. « Ils m’ont dit : si on te choisit, on veut que tu défendes tout terrain et que tu tiennes ton joueur ». Car, évidemment, tout n’est pas encore parfait chez AJ Dybantsa. Et si Washington a insisté sur l’aspect défensif, ça n’est pas un hasard. La concentration défensive du prospect du Massachusetts lui a parfois fait défaut dans sa jeune carrière, tout comme son tir extérieur qui reste irrégulier par séquences malgré une progression constante à souligner. Des défauts qu’il faudra à tout prix gommer pour se faire une place en NBA, mais dont le principal intéressé semble avoir parfaitement conscience « Je sais que j’ai beaucoup de travail à faire, je m’entraîne encore sur tous les aspects de mon jeu ». Car s’il y a une qualité qui revient chez tous ceux qui ont côtoyé AJ Dybantsa, c’est sa capacité à travailler sans relâche. Une qualité héritée de son père, et que l’on a encore aperçue le soir même de sa Draft : « Évidemment cette soirée est une célébration de tout le gros travail que j’ai fait par le passé, donc maintenant je vais en profiter. Mais j’ai un avion demain matin, et je vais probablement m’entraîner demain si je peux, s’ils me le permettent ».

Et pour poursuivre cette progression, difficile d’imaginer meilleur environnement que Washington. Quelques jours après avoir sécurisé l’avenir de Trae Young avec une prolongation de 212 millions de dollars sur 4 ans, les Wizards peuvent également compter sur Alexandre Sarr, Bilal Coulibaly, Kyshawn George ou encore Anthony Davis pour encadrer leur nouveau joyau. Pour la première fois depuis longtemps, l’avenir des Wizards intrigue davantage qu’il n’inquiète.

« Les Wizards ont évidemment un super noyau dur de jeunes, et le potentiel est là », estime Dybantsa. « Je pense que je peux les aider un peu. Puis ils ont re-signé Trae Young, ils ont Anthony Davis en plus de leurs jeunes joueurs. Je pense que nous pouvons faire de grandes choses ». Habitué à avoir le ballon entre les mains à BYU, AJ devra désormais trouver sa place dans un effectif plus dense. Une transition qui, comme à son habitude, ne semble pas l’inquiéter plus que ça : « Je pense que je peux me fondre comme un joueur sans ballon, qui peut scorer de plein de façons différentes, en transition, en catch-and-shoot ou en sortie de dribble ». Dès le mois de juillet, les regards se tourneront vers la Summer League de Las Vegas. Pour la première fois, AJ Dybantsa portera les couleurs de Washington. Une première étape avant les choses sérieuses.

 

Quinze ans après ce fameux panier Spiderman accroché derrière la porte de sa chambre, AJ a troqué le chapeau de son super-héros préféré contre une casquette des Wizards. Les rêves n’ont pas disparu, ils ont simplement changé de taille. Car cette fois, ce n’est plus un panier qui l’attend derrière une porte. C’est la NBA qui lui ouvre les siennes.


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