FRANCE 4-1 NORVÈGE : LIBERTÉ, ÉGALITÉ, DEMBÉLÉ

Portée par un triplé de son Ballon d’Or Ousmane Dembélé et un premier but de Désiré Doué en Coupe du monde, l’Équipe de France a su dompter une Norvège remaniée pour conclure sa phase de groupes de la meilleure des manières. Avec trois victoires en autant de matchs, les hommes de Didier Deschamps poursuivent leur sans-faute et terminent premiers d’une poule pourtant perçue comme l’une des plus relevées du tournoi.

 

Si certains s’étaient endormis devant leur télévision lundi soir face à l’Irak, l’ambiance était bien différente ce vendredi. Malgré la canicule, les bars étaient pleins, les terrasses bondées et les supporters nombreux pour venir pousser leurs Bleus. Des Bleus qui poursuivent leur parcours et bouclent parfaitement une première phase de compétition plus qu’aboutie. Après 270 minutes de Coupe du monde, le constat est limpide : neuf points sur neuf, la plus grande différence de buts du tournoi et une première place acquise avec la manière. La France n’avait plus gagné ses trois premiers matchs lors d’un mondial depuis 1998. On connaît tous la suite de l’histoire. Au-delà des chiffres, ce sont des Français qui ressortent grandis. Si les doutes étaient nombreux au terme des deux matchs de préparation face à la Côte d’Ivoire et l’Irlande du Nord, les Tricolores sont probablement ceux qui dégagent la meilleure impression depuis le début de la compétition avec les Argentins de Lionel Messi. Pendant que l’Espagne, l’Angleterre ou le Portugal ont déjà laissé quelques points en route ou souffert face à des adversaires coriaces mais inférieurs sur le papier, la France avance sereinement.

Toutefois, cette Norvège était largement remaniée. L’absence au coup d’envoi d’Erling Haaland, de Martin Ødegaard et de plusieurs titulaires a forcément retiré un peu de saveur à cette affiche que beaucoup attendaient depuis le tirage au sort. Difficile de ne pas trouver ce choix regrettable. La Norvège retrouvait la Coupe du monde après de longues années d’absence, des milliers de supporters avaient fait le déplacement et le duel Mbappé-Haaland en faisait trépigner plus d’un d’impatience. Tant pis. La France, elle, a fait ce qu’une grande équipe doit faire : jouer sérieusement, peu importe l’adversaire. Dès les premières minutes, Mbappé trouvait déjà la barre transversale et donnait le ton. Les Bleus auraient pu gérer. Ils ont préféré continuer à jouer.

Impossible également de ne pas avoir une pensée émue pour notre sélectionneur, Didier Deschamps. Touché par la perte de sa mère quelques jours plus tôt, le sélectionneur avait rejoint la France et laissé les commandes à son adjoint de toujours, Guy Stéphan, le temps de cette rencontre. Privés d’un brassard noir dont la FIFA avait refusé le port malgré la demande de la FFF, les Bleus ont choisi de rendre hommage à leur sélectionneur sur le terrain, avec une prestation sérieuse et une victoire qui lui était naturellement dédiée.

UN TRIPLÉ DORÉ

On l’écrivait après l’Irak : cette seconde période pouvait être le déclic dont avait besoin Ousmane Dembélé sous la tunique tricolore. Trois jours plus tard, la réponse est arrivée de la plus spectaculaire des manières. Toujours aligné sur le côté droit du quatuor offensif français, le Ballon d’Or a inscrit le premier triplé de sa carrière et définitivement fait taire les critiques. Il devient seulement le troisième Français à réussir une telle performance en Coupe du monde, après Just Fontaine et Kylian Mbappé

Au-delà des trois buts, c’est surtout le message envoyé par le numéro 7 qui marque les esprits. Parce que les critiques, elles étaient nombreuses. Certains expliquaient que Dembélé n’était performant qu’au Paris Saint-Germain, dans le système parfaitement huilé de Luis Enrique. D’autres cherchaient à lui trouver des excuses en affirmant qu’il n’évoluait tout simplement pas à son poste en équipe de France. Comme si un Ballon d’Or ne pouvait pas s’adapter. Comme s’il ne pouvait briller qu’à un seul endroit sur le terrain. Vendredi soir, Ousmane Dembélé a répondu à tout le monde. Non, il n’est pas un « system player ». Lorsqu’il évolue à ce niveau, il est le système. Et il y a peut-être une phrase qui explique mieux que toutes les autres pourquoi le Ballon d’Or est un cauchemar pour les défenses. Et elle ne vient ni d’un journaliste, ni d’un sélectionneur, mais de celui qui a passé toute la rencontre à tenter de l’arrêter : « Normalement, quand un attaquant entre dans la surface, tu lis son langage corporel et tu te prépares pour le pied avec lequel il veut tirer. Avec Dembélé, au moment où j’en choisissais un, il avait déjà marqué avec l’autre. » Selvik, gardien de l’équipe norvégienne.

Vendredi, toutes les offensives françaises passaient par Dembélé. Et il a rendu cette confiance. Par sa spéciale crochet du gauche, frappe croisée du droit d’abord. Puis par deux enroulées limpides rangées dans le petit filet de Selvik ensuite. Sa complicité avec Michael Olise et Kylian Mbappé saute également de plus en plus aux yeux. L’entente devient une évidence, les permutations deviennent naturelles, chacun semble savoir où l’autre va se déplacer avant même que le ballon n’arrive. Cette attaque commence enfin à ressembler à ce que tout le monde imaginait, ou plutôt, à ce dont tout le monde rêvait.

LES BLEUS PRENNENT LEUR ENVOL

Ce qui frappe depuis trois rencontres, c’est surtout l’évolution collective de cette équipe de France. Match après match, les automatismes apparaissent, les regards se cherchent de moins en moins, les courses se complètent davantage… On sent tout simplement que ces joueurs prennent du plaisir à évoluer ensemble. Kylian Mbappé en est probablement le meilleur exemple. Avec six contributions décisives en trois matchs, il est le joueur le plus influent du tournoi au terme de cette phase de groupes. Mais au-delà des statistiques, c’est son attitude qui impressionne. Deux passes décisives vendredi soir, des appels qui libèrent des espaces pour ses partenaires, une implication constante sans chercher à monopoliser la lumière. Le Madrilène semble enfin avoir pleinement pris conscience de ce rôle de capitaine, sur et en dehors du terrain. Là où l’on lui reprochait parfois un jeu trop centré sur lui-même malgré ses chiffres extraordinaires, il parvient aujourd’hui à conjuguer efficacité individuelle et influence collective. Difficile d’en demander davantage.

Dernier buteur du match, Désiré Doué a, lui, enfin débloqué son compteur en Coupe du monde grâce à une tête parfaitement placée sur un centre de Bradley Barcola. Un but 100 % parisien qui récompense un début de tournoi très prometteur pour les deux ailiers gauches, dont la rivalité sportive n’a jamais pris le pas sur l’amitié. Un premier but dont Dez se souviendra longtemps puisque, quelques heures après la rencontre, son idole de toujours, Neymar lui adressait un message de félicitations : « Pour le crack Doué, un grand câlin du Ney », accompagné d’un maillot dédicacé. Preuve supplémentaire que le jeune Français continue de marquer les esprits.

Au milieu de terrain, Aurélien Tchouaméni a parfaitement répondu après avoir débuté sur le banc contre l’Irak. Son agressivité, sa capacité à jaillir dans les pieds adverses et son activité au pressing ont énormément facilité le travail des Bleus. À ses côtés, Manu Koné confirme également tout le bien que l’on pense de lui et montre qu’il aura réellement une carte à jouer durant cette Coupe du monde même s’il reste pour le moment derrière Adrien Rabiot dans la hiérarchie. Ce milieu de terrain qui inquiétait encore il y a quelques mois rassure davantage match après match. Enfin, Mike Maignan, en difficulté depuis quelques matchs, s’est offert un arrêt qui pourrait inverser sa dynamique récente. Son penalty repoussé en début de seconde période a empêché la Norvège de revenir à 3-2 et de relancer complètement une rencontre qui semblait pourtant maîtrisée.

Mais si Maignan a dû s’interposer sur penalty, c’est avant tout parce que Théo Hernandez s’est une nouvelle fois retrouvé en difficulté. Comme face au Sénégal, le latéral français a souffert dans son couloir et concédé une faute évitable. À droite, Jules Koundé n’apporte toujours pas toutes les garanties espérées. Les postes de latéraux restent sans doute le principal point faible de cette Équipe de France. À l’approche des matchs à élimination directe, Lucas Digne paraît même avoir gagné de sérieux points dans la course à une place de titulaire.

Mais ce sont là les seuls nuages dans un ciel très bleu. Le virage entrepris après l’Euro 2024 se confirme. Fini le bloc ultra-défensif qui peinait à enthousiasmer. Didier Deschamps a trouvé la recette qui redonne envie de suivre une sélection toujours plus attachante. En 2021, malgré un réservoir offensif tout aussi impressionnant, les joueurs semblaient parfois se marcher dessus. Aujourd’hui, c’est tout l’inverse. Les automatismes progressent à mesure que la compétition avance, exactement au moment où ils deviennent indispensables. 

 

La phase de groupes appartient désormais au passé. Et comme on le répète souvent, c’est une autre compétition qui commencera mardi soir pour Bleus face à la Suède d’Alexander Isak. Avec trois victoires en trois rencontres, un collectif qui monte en puissance et des individualités qui trouvent enfin leur meilleur niveau, les Bleus abordent ce seizième de finale face à la Suède avec bien plus que neuf points en poche. Et à mesure que cette équipe grandit, le rêve d’une troisième étoile commence petit à petit à s’installer.


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