FRANCE 3-0 SUÈDE : LES BLEUS IMPOSENT LEUR LOI

Large vainqueur de la Suède 3 buts à 0 pour son entrée dans la phase à élimination directe, l’Équipe de France se rapproche encore un peu plus de son rêve de troisième étoile. Portés par un nouveau doublé de Kylian Mbappé, son troisième en quatre rencontres, un but de Bradley Barcola et deux nouvelles passes décisives de Michael Olise, les hommes de Didier Deschamps se qualifient pour les huitièmes de finale sans jamais avoir réellement tremblé face aux Bleu et Jaune de Graham Potter. Plus encore que la qualification, c’est une nouvelle démonstration collective qui envoie un message au reste du monde : les Bleus sont plus que jamais les favoris de ce mondial en Amérique. 

 

« Personne n’a plus faim que nous ». Cette phrase, Kylian Mbappé l’avait prononcée quelques jours avant le coup d’envoi de cette Coupe du monde en Amérique, alors que l’Équipe de France croulait encore sous le poids des interrogations et des critiques. Deux semaines plus tard, ces mots résonnent presque comme une prophétie. Quatre matchs, quatre victoires, treize buts inscrits. Pendant que l’Angleterre ou le Portugal ont dû batailler pour avancer, et que l’Allemagne a quitté la compétition dès les seizièmes de finale, les Bleus, eux, ne flanchent pas. Mieux encore, ils écrasent tout sur leur passage.

Pourtant, il y avait de quoi s’agacer et tomber dans le piège suédois. Avant l’ouverture du score de Mbappé à quelques instants de la pause, les tricolores enchaînaient les occasions, sans parvenir à les convertir. Un poteau, puis un autre. Et quand les montants n’étaient plus là pour sauver les Suédois, c’était Zetterstorm qui repoussait l’échéance. Beaucoup d’équipes auraient fini par se frustrer. Pas l’Équipe de France. Elle a continué de jouer, d’attaquer, d’étouffer, de multiplier les vagues, jusqu’à finir par faire céder son adversaire. Pour la première fois depuis bien longtemps, cette équipe de France ressemble à un véritable rouleau compresseur. Une équipe qui ne se contente plus de gagner, mais qui cherche constamment à faire mal, à imposer son rythme et à asphyxier son adversaire pendant quatre-vingt-dix minutes. C’est peut-être là la plus grande victoire de cette équipe. Et cette métamorphose, elle n’a rien d’un hasard. Elle porte la signature d’un homme que l’on risque de regretter bien plus que l’on ne le croyait il y a encore deux ans : Didier Deschamps.

À l’Euro 2024, les Bleus donnaient parfois l’impression de jouer avec le frein à main. Une équipe ultra-défensive, terne, prudente à l’excès, qui avait dû attendre la demi-finale pour inscrire son premier but dans le jeu et qui avait fini par perdre une grande partie de son public. Le fossé avec les supporters n’avait jamais semblé aussi profond. Deux ans plus tard, l’union sacrée qui a souvent lié le peuple tricolore et son équipe face au reste du monde est de retour. Quatre attaquants, treize buts inscrits en quatre rencontres, des joueurs qui prennent du plaisir à jouer ensemble. Et surtout, une équipe qui a réussi ce qui semblait impossible il y a deux ans : réconcilier tout un pays avec les Bleus. 

Comme il l’a toujours fait au cours de sa carrière, Didier Deschamps a su évoluer au bon moment. Il a compris que la force de cette nouvelle génération ne résidait plus uniquement dans sa solidité défensive, mais dans un réservoir offensif exceptionnel qu’il fallait enfin libérer de ses chaînes. Pour ce qui sera son dernier tournoi à la tête des Bleus, le sélectionneur est sûrement en train de proposer le football le plus séduisant de son mandat. Sans arrogance, simplement en regardant ce que proposent les différentes nations depuis le début de cette Coupe du monde, difficile aujourd’hui de désigner une équipe capable de faire vaciller ces Bleus s’ils continuent sur cette lancée. Cette sélection nous rappelle finalement pourquoi on aime ce sport. Parce qu’elle nous redonne, le temps d’un match, le regard de l’enfant qui découvrait le football pour la première fois. Parce qu’un éclair de génie peut nous faire bondir du canapé à n’importe quel moment. Mais surtout, parce qu’au coup de sifflet final, elle nous laisse une seule envie : retrouver les Bleus au plus vite. Mais derrière ces émotions se cachent aussi des hommes qui les rendent possibles. 

AUX CHAMPS-OLISE

S’il fallait désigner le symbole de cette nouvelle équipe de France, beaucoup penseraient immédiatement à Kylian Mbappé. Pourtant, il y a un autre homme, dans le cœur du jeu, sans qui rien de tout cela ne fonctionnerait aussi bien : Michael Olise. 

En septembre 2024, Antoine Griezmann annonçait sa retraite internationale, laissant derrière lui des sourires, des pleurs, mais surtout la peur d’un vide générationnel. Car avec lui disparaissait aussi le cerveau des Bleus. Puis un miracle est venu bouleverser tous les plans : Michael Olise a choisi l’Équipe de France. Quinze mois plus tard, Olise n’est pas seulement le meneur de jeu des tricolores, il en est le leader technique, celui par qui tout doit passer. Mardi soir, le maestro français signait déjà ses quatrième et cinquième passes décisives du tournoi. Il ne lui en manque plus qu’une pour égaler le record historique de Pelé sur une seule édition, et trois pour devenir le meilleur passeur de l’histoire de la compétition. Mais si les statistiques sont impressionnantes, elles ne racontent même pas la moitié de son influence. Son incroyable retourné acrobatique à l’entrée de la surface repoussé par le poteau aurait mérité un meilleur destin tant il résumait son football : imprévisible, créatif, audacieux. Comme le résumait Paul Pogba après la rencontre : « La passe d’Olise mérite d’être étudiée ». Et difficile de lui donner tort. Avec Michael Olise, on se demande parfois comment il voit certaines lignes de passe. Comment il parvient à exécuter des gestes que personne d’autre ne semble capable d’imaginer, avec une précision chirurgicale et un timing toujours parfait. Il y a encore quelques mois, certains doutaient de sa capacité à évoluer en numéro dix. Aujourd’hui, il est devenu le véritable chef d’orchestre de cette équipe de France. Celui qui transforme chaque prise de balle en une promesse de danger.

LE MONDIAL DE MBAPPÉ

Mais même le meilleur des chefs d’orchestre a besoin d’un soliste capable de faire lever tout un stade. Et ce joueur, c’est Kylian Mbappé. Déjà auteur de deux doublés face au Sénégal et à l’Irak, le capitaine des Bleus a remis ça contre la Suède mardi soir. Dix-huit buts désormais en autant de matchs de Coupe du monde, dont dix en phase à élimination directe, un record. Son premier but résume à lui seul son état de forme. Trois défenseurs éliminés en un battement de cils, une aisance technique époustouflante, une vivacité dont lui seul a le secret, puis une frappe chirurgicale. Mais, paradoxalement, ce qui impressionne peut-être le plus n’est plus uniquement sa capacité à marquer comme ça l’a souvent été. C’est tout le reste. Ses appels permanents qui ouvrent des espaces à ses partenaires, son altruisme retrouvé, son implication défensive, son leadership. Plus généralement, cette façon de mettre son immense talent au service du collectif sans jamais perdre son instinct de tueur devant le but. Depuis le début du tournoi, on a retrouvé le Kylian Mbappé qui faisait rêver tout le monde. Peut-être même une version encore plus complète. Et lorsqu’il atteint ce niveau-là, il donne l’impression d’avoir un droit de vie ou de mort sur un match de Coupe du monde.

Derrière un trio offensif Mbappé-Olise-Dembélé aussi brillant, Bradley Barcola aurait pu finir par s’effacer, par passer au second plan. Il a fait exactement l’inverse. Percutant avec ballon, infatigable sans, toujours disponible et irréprochable dans le repli défensif, le Parisien continue de justifier la confiance que lui accorde Didier Deschamps. Déjà décisif contre le Sénégal et la Norvège, le double champion d’Europe a de nouveau planté face à la Suède mardi pour signer son deuxième but dans ce Mondial. Barcola n’est pas le complément de cette attaque de classe mondiale, il en est le quatrième pilier. Et son match lui offre sans doute une longueur d’avance sur Désiré Doué dans la course à une place de titulaire pour la suite de la compétition.

Mais si les projecteurs sont naturellement braqués sur les quatre offensifs, ce football champagne ne pourrait pas exister sans le travail de ceux qui évoluent derrière eux. Le duo Adrien Rabiot – Aurélien Tchouaméni apporte un équilibre devenu indispensable. Lorsque l’un se projette, souvent Adrien Rabiot, l’autre sécurise. Lorsque l’équipe perd le ballon, ils sont les premiers à jaillir dans les pieds des adversaires pour couper la contre-attaque avant même qu’elle ne démarre. Et lorsque le premier rideau est passé, ils se replacent tout de suite pour colmater les brèches laissées par les montées de leurs latéraux. Ensemble, ils permettent aux quatre de devant d’exprimer pleinement leur talent, en totale liberté mais sans jamais perdre la maîtrise. 

Plus bas sur le terrain, cette sérénité se retrouve jusque dans la défense. Face à Alexander Isak et Viktor Gyokeres, Dayot Upamecano et William Saliba n’ont laissé que des miettes aux attaquants suédois. À gauche, Lucas Digne continue de marquer des points. Sérieux défensivement, toujours juste et disponible, il devrait être reconduit dans le onze de départ face au Paraguay demain soir. Seul Jules Koundé peine encore à convaincre, mais au vu de la dynamique collective, ce bémol ressemble davantage à un détail qu’à une véritable inquiétude. 

 

Comme l’a parfaitement résumé Bradley Barcola après la rencontre : « On prend tellement de plaisir à jouer ensemble qu’on joue comme si on était au quartier. On ne se pose pas de questions ». Le lendemain, Rayan Cherki complétait parfaitement ce tableau : « Les gens ne le voient peut-être pas, mais on a faim. On a très faim ».

Tout est peut-être là. Une équipe en pleine confiance qui joue avec l’insouciance de gamins, mais la détermination de champions. Le parfait équilibre entre plaisir et sérieux. La France retrouvera ce soir le Paraguay en huitième de finale. Comme un clin d’œil à 1998. Les symboles ne gagnent évidemment pas les matchs. Mais lorsqu’une équipe joue avec autant de confiance, d’envie et de sourires, elle finit souvent par écrire sa propre histoire. 


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