FRANCE 1-0 PARAGUAY : LES BLEUS METTENT L’ALBIRROJA AU TAPIS ET FILENT EN QUARTS

Dans une soirée qui aura parfois davantage ressemblé à un combat de boxe qu’à un match de football, l’Équipe de France a validé son billet pour les quarts de finale de la Coupe du monde en s’imposant sur la plus petite des marges face au Paraguay grâce à un penalty transformé par Kylian Mbappé, auteur de son septième but dans ce Mondial. Bousculés comme jamais depuis le début de la compétition, les hommes de Didier Deschamps ont su résister au défi physique et mental imposé par l’Albirroja pour décrocher une cinquième victoire consécutive. Ils retrouveront jeudi le Maroc d’Achraf Hakimi dans un duel pour une place dans le dernier carré. 

 

Que ce fut dur. Il y a des matchs, comme face à la Suède, qui nous marqueront pour leur football spectaculaire, leur maîtrise collective, leur capacité à faire lever les foules. Et puis il y a des soirées comme celle-ci. Des matchs âpres, étouffants, où le football passe parfois au second plan. Des matchs dont on ne retiendra pas forcément la qualité, mais qui, au bout du compte, ressemblent à des victoires de champion. On s’attendait à un match piège. On a finalement eu bien pire. Quelques heures avant la rencontre, la légende paraguayenne José Luis Chilavert lançait déjà le combat, affirmant que le Paraguay n’allait pas affronter la France comme en 1998, mais « une sélection d’Afrique ». Sur la pelouse, sous une chaleur étouffante de plus de 40 ºC, le climat est rapidement devenu irrespirable. Coups de coude, tacles appuyés, provocations permanentes, l’Albirroja a flirté avec la limite pendant plus de quatre-vingt-dix minutes, jusqu’à provoquer une situation qui aurait bien pu finir en bagarre générale juste avant la pause. Tout était réuni pour faire disjoncter les Bleus. Mais ils ont tenu bon. Et bien plus que ça. À travers ce succès arraché au nez et à la barbe des tombeurs de l’Allemagne au tour précédent, l’Équipe de France a montré qu’elle savait faire bien plus que séduire ballon au pied. Elle a montré que, lorsque le football disparaît derrière les coups et les provocations, elle est aussi capable de répondre présent. De revenir aux bases. De gagner un combat avant de gagner un match. Au coup de sifflet final, Kylian Mbappé a pris la parole comme les grands capitaines savent le faire, résumant en quelques mots cette soirée mieux que n’importe quelle analyse : « S’il faut mettre les mains dans la merde, on va mettre les mains dans la merde. Ils pensaient qu’on allait venir jouer en smoking, mais nous aussi, on sait faire le sale football. Et même dans ça, on a été meilleurs qu’eux ». 

Jusqu’alors tranquille dans son parcours, la France a enfin rencontré sa première véritable épreuve. Chahutés, provoqués, parfois même agressés, les Bleus n’ont pourtant jamais dévié de leur ligne de conduite. Sans concéder le moindre tir cadré, ils ont fait ce que l’Allemagne n’avait pas su faire quelques jours plus tôt face au même adversaire : résister, garder leur sang-froid, refuser de se précipiter et frapper au moment opportun.

 

UN MENTAL DE CHAMPION

Pourtant, combien d’équipes auraient fini par craquer face au petit jeu paraguayen ? Bradley Barcola le disait lui-même : « Je n’ai jamais joué un match comme ça, avec autant de coups bas ». Même Zlatan Ibrahimović, jamais le dernier pour répondre aux provocations, reconnaissait : « Si j’avais joué ce soir, j’aurais reçu quatre ou cinq cartons rouges. Mais la France a répondu de la meilleure manière : sourire et ne pas tomber dans le piège ». Car au-delà du défi paraguayen, un autre adversaire aurait pu faire perdre leurs nerfs aux Français : l’arbitrage de M. Tantashev. Malgré les coups de coude, les tacles appuyés et les fautes répétées, pas un seul carton n’a été sorti contre l’Albirroja. Plus incroyable encore, sa seule bonne décision n’était pas réellement la sienne. Il aura fallu l’intervention de la VAR pour corriger une faute pourtant évidente sur Désiré Doué et offrir aux Bleus un penalty que tout le stade avait vu.

Beaucoup auraient explosé. Les Bleus, eux, ont attendu le coup de sifflet final. Toute la frustration accumulée pendant quatre-vingt-dix minutes a fini par exploser. Comme si Didier Deschamps leur avait interdit de répondre avant d’avoir gagné. Pas dans de mauvais gestes. Ni dans des règlements de comptes. Mais dans des sourires. Celui de Rayan Cherki, coiffé de son chapeau de Napoléon dans les vestiaires. Celui de Désiré Doué, instigateur du penalty vainqueur. Mais surtout, celui de Kylian Mbappé. Ses cris face à Orlando Gil, pourtant venu lui tendre la main, sa longue célébration face au numéro 6 adverse ou encore ce pouce pointé vers le gardien après son penalty resteront comme les images d’un homme qui avait tout encaissé pendant plus de cent minutes, sans rien laisser paraître. La colère n’avait pas disparu. Elle avait simplement attendu le bon moment pour s’exprimer.

Comme l’a dit Kylian Mbappé : « Il n’y a pas de mauvaises manières de jouer au football. Mais il y en a une bonne : c’est gagner ». Derrière les coups et les provocations, le Paraguay avait aussi parfaitement préparé son plan de jeu. Sans vrai numéro 9 au coup d’envoi, l’Albirroja avait avant tout décidé de défendre et de faire perdre leur sang-froid aux Bleus. Un bloc extrêmement bas, des lignes resserrées et un seul objectif : remettre le ballon à Julio Enciso en espérant qu’il invente un exploit. Pendant plus d’une heure, le plan a fonctionné. Il faut aussi reconnaître que les Bleus n’ont sans doute pas livré leur prestation la plus aboutie depuis le début de la compétition. La circulation du ballon manquait de rythme et le standard technique était, lui aussi, inhabituellement bas. Certaines situations auraient mérité plus d’application, comme les corners ou les frappes lointaines, véritables solutions contre une défense à dix. À plusieurs reprises, les offensifs tricolores auraient sans doute dû provoquer davantage balle au pied plutôt que de chercher trop vite la dernière passe ou la frappe lointaine. Face à un bloc aussi compact, les espaces étaient presque inexistants. Et la France n’a pas su les créer. Pourtant, là où l’Allemagne avait fini par s’entêter à multiplier les centres et à perdre patience face à ce même Paraguay, les hommes de Didier Deschamps n’ont jamais paniqué. Ils ont continué à faire circuler le ballon, à travailler, à attendre l’ouverture. Une attitude qui en dit autant sur leur maturité que sur leur qualité de jeu. Parce que pour aller au bout d’une Coupe du monde, il faut aussi savoir gagner les matchs où tout semble bloqué. 

VICTOIRE À LA DEZISION

Et parfois, il suffit d’un joueur pour faire basculer une rencontre. Désiré Doué est de ceux-là. Devancé, à juste titre, par Bradley Barcola au coup d’envoi, le Parisien est resté patient sur son banc, attendant son heure. Puis, comme souvent dans les grands rendez-vous, il a changé le cours des événements. Liverpool, le Bayern, l’Inter Milan, Monaco… Le double champion d’Europe aime ces moments. Ces instants où tout le monde retient son souffle, dans l’attente d’un héros. Et hier, c’est lui qui a enfilé la cape du sauveur. Sur l’une de ses premières prises de balle, Doué aurait pu obtenir un coup franc très dangereux sur une faute que M. Tantashev a refusé de sanctionner. Une poignée de secondes plus tard, bis repetita. Le Golden Boy reçoit le ballon sur son côté, accélère, dribble un, deux, trois défenseurs, avant d’être fauché dans la surface. Cette fois, l’intervention de la VAR force la main de l’arbitre qui avait une nouvelle fois fermé les yeux sur une faute évidente : Penalty. En quelques instants, Désiré Doué venait de faire ce qu’aucun joueur français n’avait réussi jusque-là : faire sauter un bloc paraguayen qui semblait pourtant infranchissable.

LE GÉNÉRAL ET SON SOLDAT

Reste alors le plus difficile : transformer le penalty. À vingt minutes du terme, presque tout repose sur un seul ballon. Les Paraguayens le savent et tentent une dernière fois de gagner la bataille psychologique. Pendant de longues secondes, c’est Ousmane Dembélé qui garde le ballon entre ses mains. Autour de lui, les joueurs paraguayens se pressent, s’agitent, protestent, cherchent à déconcentrer le futur tireur. Tout un cinéma s’organise autour du Parisien. Puis, au dernier moment, le Ballon d’Or transmet calmement le ballon à Kylian Mbappé. Le capitaine s’avance. Le point de penalty a beau avoir été piétiné quelques instants plus tôt, le numéro 10 ne tremble pas. Le contre-pied est parfait. Dix-neuvième but en Coupe du monde, septième dans ce Mondial, et une qualification qui se rapproche à grands pas. Certes, ce n’était sans doute pas son match le plus flamboyant du tournoi. Mais c’est aussi à ça que l’on reconnaît les très grands. Même dans un soir où il brille un peu moins, Mbappé est décisif et conforte encore un peu plus son statut de meilleur buteur de l’histoire de la Coupe du monde en phase à élimination directe. On l’a dit, on l’a répété : Kylian Mbappé est en mission. Et qu’est-ce qu’on l’aime quand il est comme ça !

Mais si Kylian Mbappé est le général de cette équipe, comme les réseaux sociaux et désormais ses propres coéquipiers aiment le surnommer, il y a un soldat qui continue de gagner ses batailles dans l’ombre : Dayot Upamecano. Car pendant que Mbappé et Doué faisaient basculer la rencontre devant, Upamecano continuait, lui, de fermer la porte derrière. Match après match, le défenseur du Bayern repousse tout ce qui passe à sa portée. Impérial dans les duels, qu’ils soient aériens ou au sol, toujours irréprochable dans sa couverture de la profondeur, il dégage une telle sérénité que William Saliba semble parfois lui laisser certains face-à-face, comme s’il savait déjà qui en sortirait vainqueur. C’est simple, depuis le début de cette Coupe du monde, Dayot Upamecano est infranchissable. Si les Bleus ont signé un troisième clean sheet en cinq rencontres, ils le doivent en grande partie à celui qui s’impose, match après match, comme le véritable patron de la défense française.

 

Contre vents et marées, ou plutôt contre tacles et coups de poing, les Bleus sont restés debout et, dans un combat où le football s’est parfois fait oublier, ils l’ont emporté aux points. Place désormais au Maroc d’Achraf Hakimi en quarts de finale, quatre ans après leur affrontement en demi-finale au Qatar. Le rêve continue.


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