Après une première victoire en Turquie vendredi dernier, la France a confirmé face à son voisin et rival belge grâce à un but de Michael Olise dans les dernières minutes. Pour son deuxième match à la tête des Bleus, Zinédine Zidane avait procédé à une large revue d’effectif, avec neuf changements dans le onze de départ par rapport au match à Izmit. Parmi eux, on retrouvait Eduardo Camavinga, absent lors du Mondial aux USA, mais surtout des petits nouveaux : Jérémy Jacquet, Andy Diouf, Esteban Lepaul et Lucas Da Cunha.
Trois jours après la courte victoire en Turquie pour son entrée en lice en Ligue des nations, l’Équipe de France se déplaçait en Belgique avec un onze pour le moins surprenant puisque, hormis Mike Maignan et Maxence Lacroix, aucun joueur n’était reconduit par Zidane. Malgré ce turnover, les Bleus ont affiché des intentions séduisantes de la première à la dernière minute face à des Diables rouges au complet. Seulement une petite semaine d’entrainement et deux matchs, et Zizou déjoue déjà les nombreux pronostics qui annonçaient une animation proche de celle que proposait Didier Deschamps depuis 12 ans, sans grande révolution. Hier soir, le constat est sans appel : 63 % de possession, une volonté constante de contrôle, une technique impressionnante dans tous les secteurs, … Les Bleus poursuivent leur transformation.
LE MILIEU, NOUVEAU MOTEUR DES BLEUS
Et dans cette victoire arrachée dans les derniers instants, un secteur a particulièrement attiré l’attention : le milieu de terrain. Sous Deschamps, le milieu français avait souvent pour première mission d’assurer l’équilibre d’une équipe dont la puissance offensive constituait l’une des principales armes. Avec Zidane, le curseur semble se déplacer. Le milieu n’est plus seulement pensé comme une garantie défensive derrière les attaquants : il devient progressivement le point de départ, voire le cœur, de la création française. Une métamorphose qui portait hier un visage, celui de Lucas Da Cunha.
Titularisé en pointe basse d’un milieu à trois, le capitaine de Como donnait le ton d’une rencontre qui en a impressionné plus d’un devant leur poste de télé avec une transversale tendue parfaite dans les pieds d’un très bon Pierre Kalulu dès la quatrième minute de jeu. Très à l’aise balle au pied, Da Cunha n’a pas été choisi pour ses qualités physiques mais pour sa capacité à se retourner, organiser le jeu et faire circuler le ballon sous pression. Pour sa première sélection, l’ancien de l’OGC Nice a livré une performance de très haut niveau qui aurait pu être récompensée par un but si sa limpide frappe du gauche, déclenchée à 25-30 mètres, n’avait pas heurté le poteau gauche de Lammens. Mais si Da Cunha a pu être aussi bon, c’est aussi parce qu’il a été placé dans un environnement qui correspond à ses qualités. À Bruxelles, il n’était pas isolé au milieu du terrain. À l’image de Rayan Cherki, intégré au cœur du jeu par Zidane en Turquie, Da Cunha était accompagné par Maghnes Akliouche et surtout Eduardo Camavinga. De retour en Équipe de France malgré une longue traversée du désert en club, le Madrilène a retrouvé un niveau qui nous a rappelé celui de ses plus belles années, et a une nouvelle fois montré à quel point la confiance peut changer un joueur. Un mot qui résonne dans toutes les interviews depuis l’arrivée de Zidane à Clairefontaine.
Car si ZZ peut se permettre d’aligner des milieux moins tournés vers le duel et la couverture, c’est aussi parce qu’il fait confiance à des défenseurs centraux capables d’apporter une immense dimension physique et de sécuriser l’équilibre tricolore. Le grand public français connaissait déjà Dayot Upamecano ou William Saliba, il a découvert Jérémy Jacquet. Pour sa première apparition en Bleu, le jeune défenseur de Liverpool a montré qu’il avait toutes les qualités nécessaires pour devenir le compère d’Upamecano en défense en attendant le retour de blessure de Saliba. Calme, solidité et qualité de relance, à 21 ans, le Red dispose de tous les atouts pour devenir l’un des meilleurs joueurs du monde à son poste.
LE RETOUR DES CADRES
Plus haut sur le terrain, malgré une prestation offensive en dents de scie avec des Bradley Barcola et Esteban Lepaul en dessous des autres, un joueur a marqué des points auprès de Zinédine Zidane en vue d’une titularisation face à l’Italie vendredi prochain : Désiré Doué. Le joueur du PSG a joué une partition de très haut vol, passant à une barre transversale d’un but complètement fou. Sa capacité à jouer entre les lignes et à constamment provoquer son vis-à-vis le place clairement comme le favori sur l’aile gauche en l’absence de Kylian Mbappé, rentré à Madrid à cause d’une blessure.
Et lorsque les nouveaux ont fait leur part du travail, un cadre a rappelé à tout le monde qu’il était indispensable puisqu’il aura tout de même fallu l’entrée d’un facteur X pour faire basculer la rencontre en faveur tricolore à la 88e minute. Avec une action de classe mondiale et une frappe du gauche devenue sa signature, Michael Olise a fait chavirer le cœur des Français. Les nouveaux ont nourri le jeu, le Bavarois a donné la victoire, soulevant la question qu’il faut maintenant se poser.
Que donnera cette équipe lorsque Mbappé, Dembélé, Olise et les autres cadres seront titulaires ? Zidane pourra-t-il développer les mêmes idées de jeu ? En Belgique, le sélectionneur de l’Équipe de France n’a pas seulement testé des nouveaux éléments. Il a testé la solidité de ses principes tactiques sans ses hommes forts. La satisfaction de cette soirée dépasse le simple résultat. On a entrevu la transition d’une équipe portée par des individualités à une équipe portée par une âme collective. Reste désormais à savoir si ce football liquide pourra survivre au retour des cadres sans perdre ce qui l’a rendu séduisant. Rendez-vous au Stade de France face à l’Italie vendredi pour avoir une première partie de la réponse.
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