Pour sa première soirée européenne de la saison, le Real Madrid s’est imposé 2-1 face à l’Inter Milan au Santiago-Bernabéu grâce à des buts de Kylian Mbappé et Federico Valverde. Dominés, les hommes de José Mourinho prennent les trois points, mais laissent déjà quelques interrogations derrière eux.
Défait à l’Estadio Benito Villamarín samedi dernier face au Betis Séville, le Real Madrid était attendu au tournant pour son entrée en lice en Ligue des champions. Et surtout, pour son premier véritable choc de l’ère José Mourinho, qui retrouvait l’Inter Milan, seize ans après lui avoir fait gagner la coupe aux grandes oreilles. Mais si la satisfaction était bien présente dans les rues de la capitale espagnole passé le coup de sifflet final, elle venait du tableau d’affichage. Beaucoup moins de ce qu’on a vu sur le terrain.
LE PARADOXE MADRILÈNE
Car pendant une grande partie de la rencontre, le Real Madrid a été dominé par un Inter qui n’a pas mis longtemps à trouver ses repères. Les Italiens ont rapidement pris le contrôle du ballon et du milieu de terrain, profitant d’un Real particulièrement diminué dans ce secteur. Les Nerazzurri construisaient mieux, développaient mieux leur jeu et parvenaient régulièrement à pénétrer la surface madrilène. Dans la première demi-heure, c’était même parfois trop facile offensivement. Et pourtant, le Real mène 2-0 après vingt-trois minutes de jeu. C’est tout le paradoxe de cette rencontre. Madrid se fait ultra-dominer, perd complètement le rapport de force, mais marque. Le Real récupère haut, profite d’une première erreur monumentale de Bisseck, puis d’une deuxième de Josep Martínez, encore plus grande, et transforme deux cadeaux italiens en buts. L’Inter réalisait un début de match plaisant, convaincant, mais les Merengues ont su ramasser les cailloux laissés en route par le petit poucet interiste pour faire mal.
Le Real ne domine pas, ne maîtrise pas vraiment, mais sait exactement quoi faire lorsqu’une occasion se présente. Mais il y a un gros problème : malgré le 2-0, le scénario ne change pas. La formation milanaise continue de jouer, de mener la danse, le Real continue de subir. Les quelques pressings ponctuels dont proviennent les buts ne suffisent pas à faire oublier la domination presque écrasante des Nerazzurri. Et derrière, Madrid peut surtout remercier un homme : Thibaut Courtois. Car si le Real rentre avec trois points hier soir, c’est en très grande partie grâce à un Belge des grands soirs. Match après match, année après année, Courtois continue de sortir les arrêts qui changent les rencontres et finit par rentrer dans la tête des attaquants adverses. Le Real avait besoin de lui, il a répondu présent. Mais Courtois ne peut pas être le système de jeu du Real Madrid.
LE BROUILLON MADRILÈNE
Bien sûr, Madrid peut décider de jouer en transition, de subir en faisant le dos rond avant de faire mal en contre avec Mbappé, Vinícius, Bellingham ou Brahim. Mais si tel est le choix, alors il faut mieux défendre. Sinon, le parti pris n’a plus vraiment de sens. 21 tirs concédés par le Real Madrid hier soir, dont 16 depuis sa surface. Pour une équipe qui joue bloc bas, évolue à domicile et ambitionne de gagner la Ligue des champions, c’est beaucoup trop.
Le Real a parfois réussi à récupérer haut et à faire très mal dans ces séquences, mais on reste encore loin des standards des gros cylindrées européennes comme le PSG, le Bayern ou le Barça. Les meilleures équipes ne choisissent pas entre possession et transition. Elles savent faire les deux. Elles peuvent accélérer, créer de l’incertitude en multipliant les dépassements de fonctions pour surprendre l’adversaire. Le Real ne sait pas encore faire ça. L’incertitude vient des individualités, non du système. Et à un certain niveau, ça peut avoir ses limites. Car dans un soir sans réussite, comme face au Betis Séville, lorsque les stars ne sont pas au rendez-vous, le scénario peut rapidement tourner au vinaigre.
Hier soir, Kylian Mbappé a assuré le strict minimum : un but, quelques occasions, mais aussi pas mal de déchet. On a vu ce que ce genre de matchs donnait : une élimination face au Bayern Munich malgré un but du Français à l’aller et au retour. Ça reste malgré tout un match correct, mais est-ce que cela suffira longtemps ? Vinícius, lui, inquiète davantage. Dans l’attitude, le Brésilien a été irréprochable, ce qui n’a pas toujours été le cas. Il a fait les efforts, s’est impliqué et a beaucoup travaillé pour l’équipe. Mais son football reste poussif. Il semble moins vif, moins adroit, moins percutant. Son aisance technique paraît moins évidente, cette sensation de danger permanent qu’il pouvait installer à chacune de ses prises de balle semble loin. Sa sortie, accompagnée à la fois d’applaudissements et de sifflets, résume assez bien sa soirée : applaudi pour son comportement, sifflé pour son impact offensif. Dernier membre du trio, Bellingham a lui aussi assuré l’essentiel, avec énormément d’abattage défensif comme à son habitude, mais aussi trop de gâchis.
En clair, le Real Madrid ne peut pas se contenter d’attendre un éclair de génie de ses individualités pour faire basculer ses matchs face à des équipes mieux structurées. Car lorsque les stars ne sont pas en état de grâce, il ne reste plus grand-chose. Et c’est là que la comparaison avec le Real du début de saison dernière devient intéressante. Sous Xabi Alonso, Madrid donnait parfois l’impression d’une équipe avec une structure plus affirmée, mais des joueurs qui ne fonctionnaient pas ensemble. Les joueurs ne faisaient pas les efforts, les connexions étaient difficiles et le collectif peinait à trouver sa cohérence. Hier soir, le constat était presque inverse. Vinícius a fait les efforts, Bellingham aussi, Mbappé était impliqué. Mais le système autour d’eux reste flou. Pour le moment, Madrid ressemble davantage à un assemblage solistes capables de gagner un match grâce à leur talent, qu’à une équipe capable de contrôler une rencontre grâce à sa structure. Et c’est probablement le plus inquiétant. Parce que la question se pose désormais directement à José Mourinho : est-ce que le Real s’est retrouvé à jouer comme ça à cause de l’Inter, ou est-ce que l’entraîneur portugais a volontairement choisi de faire le dos rond, d’attendre l’erreur et de jouer les transitions ? Dans les deux cas, le signal n’est pas franchement rassurant. Le remplacement de Vinícius par Carreras en fin de match renvoie d’ailleurs l’image d’une équipe peureuse, loin d’être sûre de son fait. Et le Bernabéu l’a bien compris. Les sifflets entendus à la fin de la rencontre sont éloquents. Les supporters madrilènes attendent énormément de cette équipe et ne veulent pas revivre une nouvelle saison à regarder leur équipe les trahir.
LE SABOTAGE NERAZZURRO
« On a fait des choses intéressantes, mais c’est dommage, car il y a ces deux erreurs qui nous coûtent deux buts. C’est le haut niveau, on apprend. »
Les mots d’Andy Diouf, piston droit de l’Inter Milan, résument finalement assez bien la soirée des hommes de Cristian Chivu. Malgré la défaite, les Nerazzurri ont longtemps mieux fait les choses que leur adversaire. Ils ont mieux développé leur jeu, affiché de meilleures intentions. Mais au très haut niveau, les bonnes intentions ne suffisent pas toujours. Et face au Real Madrid, la moindre erreur se paie cash. L’Inter en a fait deux. Deux cadeaux ont suffi à tuer un début de match hyper convaincant. Deux offrandes qui ont permis au Real de marquer deux fois en vingt-trois minutes alors que les Italiens étaient pourtant en train de prendre complètement le dessus.
C’est là que la défaite devient frustrante. Parce que les Lombards avait les armes pour faire beaucoup mieux. L’équipe a eu les occasions, a dominé la majeur partie du temps et a finalement réussi à revenir à 2-1. Mais elle n’a pas été suffisamment sérieuse dans les deux surfaces. L’Inter ne s’est pas fait braquer par le Real. Elle s’est sabotée. Le constat est d’autant plus contrariant que, dans le jeu, les Nerazzurri ont montré de belles choses. Et Andy Diouf en est probablement le meilleur symbole. Le Français a été particulièrement pertinent dans son nouveau rôle de piston droit, choisi par Cristian Chivu depuis le début de saison. Un repositionnement qui lui a permis de profiter d’un espace différent de celui qu’il occupe habituellement dans l’axe. Sur le côté, Diouf semble moins écrasé par la densité du milieu de terrain et peut davantage utiliser ses qualités de percussion. Il a multiplié les courses balle au pied, attaqué les espaces et régulièrement mis Cucurella en difficulté. Il lui manque encore un peu plus de justesse dans le dernier geste, comme souvent dans sa carrière, mais son évolution est intéressante et cette prestation au Bernabéu en est une nouvelle illustration.
Et c’est peut-être justement ce qui permet aux Lombards de ne pas repartir de Madrid uniquement avec des regrets. Car si le Real Madrid repart de cette première journée avec trois points, l’Inter peut, elle, repartir avec quelque chose de différent : des raisons d’espérer.
Les Nerazzurri ont longtemps été meilleurs, ont réussi à mettre Madrid en difficulté et à proposer un contenu tactique cohérent au Bernabéu. Le tout avec une équipe qui reste encore en rodage. Les milanais était notamment privés de Dimarco. La présence de Pavard, finalement sorti à la mi-temps, ou encore la titularisation de Curtis Jones au milieu plutôt que Zielinski ou Susic témoignent d’une équipe qui cherche encore ses meilleures associations. Mais malgré ces ajustements, Milan a ressemblé à une équipe, tactiquement en place et agréable à voir jouer. Tout n’est évidemment pas parfait. L’Inter concède encore trop, comme contre Naples quelques jours plus tôt. Les transitions adverses posent problème et le manque de réalisme offensif coûte cher. Mais ces défauts semblent plus facilement identifiables que ceux de son adversaire du soir. L’Inter repart donc de Madrid avec zéro point, mais pas sans certitudes. Il faudra corriger ces erreurs et gagner en sérieux, mais si cette équipe continue de progresser sur les bases entrevues au Bernabéu, cette défaite pourrait rapidement devenir autre chose qu’un simple mauvais souvenir.
Au bout du compte, le Real Madrid est bien le vainqueur de cette première journée. Et il serait injuste de lui retirer cela. Les Merengues ont su exploiter les erreurs des interistes, compter sur leurs individualités et surtout sur un immense Courtois. Dans une compétition où la moindre erreur peut coûter très cher, les hommes de Mourinho ont fait l’essentiel. Le match n’est pas volé, mais il laisse perplexe. Cette équipe a encore du temps, la saison ne fait que commencer, les absents vont revenir et les automatismes peuvent encore se développer. Mais elle ne devra pas tarder à s’y mettre. La suite permettra de savoir si cette soirée n’était qu’un mauvais concours de circonstances, conséquence notamment des nombreuses absences au milieu, ou si elle a dévoilé les véritables limites du projet de José Mourinho. Pour cette fois, le Real s’en sort. Mais il faudra bientôt autre chose que de la survie pour aller chercher l’Europe.
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