KÉVIN PEDRO : LE JOYAUX QUI FAIT VIBRER LE CHAUDRON

Face à Montpellier samedi dernier à Geoffroy-Guichard, un nom a résonné un peu plus fort que les autres. Dans un Chaudron déjà conquis par le début de saison parfait des Verts, Kévin Pedro a quitté la pelouse sous les applaudissements du public stéphanois. Une scène presque anodine pour un joueur confirmé. Beaucoup moins pour un gamin de 20 ans qui, il y a encore quelques mois, était quasiment inconnu du grand public. Numéro 23 dans le dos, Pedro est déjà un incontournable à Saint-Étienne. Dans les tribunes, les maillots floqués à son nom se font de plus en plus nombreux. Si bien qu’au moment de faire floquer son maillot dans la boutique du stade, plus de numéro 2 ni de 3 disponibles. Il faudra attendre quelques jours avant d’inscrire « Pedro 23 » dans son dos. Simple hasard… ou peut-être un signe. Sur le terrain, son activité saute aux yeux : des courses incessantes, des projections avec ou sans ballon, des interventions défensives tranchantes et cette capacité à avaler son couloir pendant 90 minutes. Cinq matchs, cinq victoires pour l’ASSE en Ligue 2, et déjà un jeune qui semble avoir changé de dimension. Après William Saliba et Wesley Fofana, Saint-Étienne tient peut-être déjà son futur grand. 

 

Né à Carcassonne, Kévin Pedro grandit rapidement en région parisienne. À Épinay-sur-Seine d’abord, où il rejoint son premier club, le FC Épinay Athlético, à 6 ans. Il passe ensuite par Viry-Châtillon et Tremplin Foot, avant de rejoindre l’US Ris-Orangis en U12, où l’on commence à murmurer que Kévin a quelque chose de spécial. Lionel Bopiko, alors entraîneur et directeur technique du club, n’a même pas encore vu jouer le jeune Kévin lorsqu’on lui parle de lui pour la première fois. « C’est un petit phénomène, va le voir ». Il suit les rumeurs, se déplace, et n’est pas déçu. Pour son premier match avec les U13, alors qu’il n’a encore qu’onze ans, Pedro inscrit quatre buts pour glaner un nul 4-4. Il évolue alors sur l’aile gauche, élimine ses adversaires et remonte le terrain balle au pied. Les qualités sont déjà là, bien présentes, mais le futur défenseur est encore attaquant. Et visiblement, il sait plutôt bien faire le travail.

« Il jouait à gauche, éliminait tout le monde en remontant le ballon. On sentait que s’il le touchait dix fois dans ces conditions, il marquerait dix buts », raconte Bopiko dans un article du Progrès. Mais son entraîneur perçoit aussi certaines limites. Pedro est efficace en attaque, techniquement très doué, mais il peut être encore meilleur ailleurs. Après quelques essais au milieu et sur les côtés, Bopiko tente alors un coup de poker. Il le fait reculer. Finis les buts en pagaille, Kévin devient défenseur central. Le pari est gagnant, immédiatement. À 13 ans, le Carcassonnais joue déjà avec les U15 régionaux, face à des joueurs de deux ans de plus que lui, plus grands, plus puissants. Rapidement, Kévin attire les regards des clubs professionnels. Sochaux, Monaco, PSG… Tout le monde commence à s’intéresser au gamin de Ris-Orangis. Mais Saint-Étienne va être plus rapide que les autres.

LE CHOIX DES VERTS

En 2020, Kévin Pedro multiplie les essais dans les structures professionnelles. Il participe notamment à un tournoi au Portugal avec le PSG. Son histoire aurait donc pu s’écrire à Paris, ou prendre la direction de Monaco, ou de Sochaux. Finalement, elle prendra celle de la Loire et de Saint-Étienne. L’histoire d’amour avec les Verts commence presque par hasard, alors que l’US Ris-Orangis de Kévin affronte Joinville en préparation. Sur le banc adverse, au milieu du staff joinvillois, se trouve Hamdane Karouni, recruteur pour l’ASSE. Il voit Pedro. Il flashe. Quelques jours plus tard, le jeune défenseur est invité à Saint-Étienne avec sa famille. « Ils ont été d’une rapidité incroyable », se souvient Lionel Bopiko. « Ils ont doublé tout le monde ». En une semaine, c’est fait, Kévin Pedro choisit les Verts. Mais la pépite doit encore patienter avant de pouvoir rejoindre définitivement le Forez. 

Après avoir échoué lors de la dernière étape pour intégrer l’INF Clairefontaine, le jeune joueur est repêché par le Pôle Espoirs de Reims. Pendant deux saisons, il y poursuit sa formation tout en continuant à jouer le week-end avec Ris-Orangis. À Reims, son comportement impressionne autant que son football : calme, réservé, poli, travailleur et surtout très à l’écoute. Un profil qui correspond parfaitement au « sourire timide » et à la « bouille de gentil » décrits par son coach de Ris-Orangis dans Le Progrès. Gilles Thiéblemont, qui l’accompagne durant cette période, parle d’une véritable « éponge ». Un joueur capable d’intégrer immédiatement les conseils qu’on lui donne et de les appliquer sur le terrain. Une qualité qui va rapidement devenir essentielle dans la suite de son parcours. Car à Saint-Étienne, Kévin va encore devoir s’adapter.

Lorsqu’il rejoint finalement l’ASSE en 2021, Kévin Pedro est avant tout considéré comme un défenseur central, poste qu’il occupe depuis quelques années. Dans l’axe, il possède déjà certaines qualités particulièrement intéressantes. Une bonne lecture du jeu, une vraie aisance technique qui lui permet de faire ressortir proprement le ballon, de jouer court comme long, et surtout une facilité assez rare pour un défenseur à utiliser ses deux pieds. Son passé d’attaquant n’y est probablement pas étranger. Mais à mesure qu’il se rapproche du groupe professionnel, son profil évolue encore. Le central devient latéral.

LA COUR DES GRANDS

Le 17 août 2024, c’est le baptême du feu. Kévin Pedro découvre la Ligue 1 face à l’AS Monaco à Louis II, l’espace de dix minutes, en entrant en jeu dans le couloir gauche. Quelques mois plus tard, en décembre, il connaît sa première titularisation sous le maillot vert contre Marseille en Coupe de France, encore à gauche. Premiers pas d’une carrière qui ne fait alors que commencer. Puis vient le match de Troyes, en novembre 2025. Les absences de Chico Lamba, Maxime Bernauer et Dylan Batubinsika obligent l’ASSE à revoir ses plans. Pedro est titularisé dans l’axe au stade de l’Aube. Et encore une fois, il s’adapte. Pour sa première titularisation de la saison, le crack stéphanois ne rate pas le rendez-vous : 83 % de passes réussies, 11 dégagements, 5 récupérations et une note de 7/10 attribuée par Peuple-Vert. Mais ce n’est qu’une étape. Kévin ne va finalement pas s’installer au centre. Il va trouver sa place sur le côté. Et cette fois, à droite. Sa vitesse lui permet d’avaler les mètres, son passé d’attaquant lui donne le goût de la projection, son expérience de central lui offre une vraie culture défensive. Ce qui ressemblait d’abord à du bricolage devient peu à peu une évidence. Le jeune défenseur polyvalent trouve son poste. Et surtout, il commence à trouver sa place dans le onze stéphanois.

Quelques semaines plus tard, l’ASSE décide de miser sur lui à long terme. En janvier 2026, son contrat est prolongé jusqu’en 2030. Il ne faudra pas attendre longtemps pour le voir offrir aux supporters une première raison de se souvenir de son nom. Le 10 mars 2026, Saint-Étienne affronte le Red Star dans un match compliqué, fermé. Les Verts dominent, mais ne trouvent pas la faille. Juste avant la mi-temps, Zuriko Davitashvili trouve le pied gauche de Kévin Pedro dans la surface. La tentative finit dans les gants du gardien audonien. Puis vient cette 65e minute. Le même Davitashvili lance Kévin sur son flanc droit. Dès qu’il contrôle, il sait où il veut aller. Sans aucune hésitation, il décoche une frappe sèche et croisée qui vient fracasser le poteau avant de finir sa course au fond des filets. Le Chaudron explose, les tribunes s’agitent, les coéquipiers se précipitent vers lui et, pendant quelques secondes, Kévin Pedro savoure simplement l’instant, en communion avec Geoffroy-Guichard. Alors numéro 39 dans le dos, le gamin stéphanois vient d’inscrire son premier but en professionnel. Son premier grand frisson, dans un Chaudron qui n’est pas près de l’oublier.

Quelques mois plus tôt encore, il devait se contenter de bouts de match et de changements de poste. Désormais, Kévin est devenu un titulaire à part entière, un indéboulonnable. Saint-Étienne n’a plus seulement un jeune joueur prometteur entre les mains. Les Verts tiennent désormais un joueur sur lequel ils comptent.

SOUS SURVEILLANCE

Forcément, une telle progression ne passe pas inaperçue. Durant l’été, plusieurs clubs européens commencent à se renseigner sur sa situation. Un club de Premier League et un club de Ligue 1 auraient notamment manifesté un intérêt concret, tandis que des touches existent également en Allemagne, d’après plusieurs médias. L’ASSE a donc réussi à sécuriser son joueur. Mais elle ne pourra probablement pas empêcher éternellement les regards de se poser sur lui. Parce qu’à 20 ans, Pedro semble encore loin d’avoir atteint son plafond. Son principal axe de progression est d’ailleurs assez évident. Le dernier geste. Kévin sait se projeter, il sait créer le décalage, se retrouver dans de bonnes positions. Mais lorsqu’il faut faire le dernier choix, il manque encore parfois de conviction. Une passe plutôt qu’une frappe, un centre plutôt qu’un nouveau dribble, une combinaison plutôt qu’une prise de risque. Son apport offensif reste encore inférieur à ce que ses qualités pourraient laisser espérer. Mais difficile d’en faire un véritable défaut à seulement 20 ans. Surtout lorsque l’on se rappelle qu’il n’est latéral droit que depuis peu.

 

Et maintenant, Kévin Pedro s’apprête à franchir une nouvelle étape. Pas en club cette fois, mais en sélection. Après avoir porté les maillots des équipes de France U16 et U19, le Stéphanois a décidé de représenter la République démocratique du Congo. Le choix était particulièrement attendu depuis plusieurs mois. Ses performances avaient attiré l’attention de l’équipe de France Espoirs, tandis que la RDC avait commencé à faire de lui une priorité pour l’avenir. Selon les informations de Foot Mercato, Pedro a récemment finalisé à Bruxelles les démarches administratives nécessaires à l’obtention de ses papiers congolais. Il devrait donc rejoindre les Léopards d’ici peu, à quelques mois de la CAN 2027. Cette fois, il n’est pas question de changer de poste, de découvrir un nouvel environnement ou de s’adapter à un nouveau rôle. Il s’agit simplement de choisir. Et Kévin a choisi le maillot de son pays d’origine, celui qu’il veut porter au niveau international. À 20 ans, le jeune Stéphanois n’a pas encore fini d’écrire son histoire : il vient simplement d’en choisir une nouvelle couleur.


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