Dans le folklore habituel du mercato, il y a certains transferts — ou non-transferts — qui font date. Le départ de Malick Fofana de Lyon pour Sunderland en fera sûrement partie.
Autrefois, le football n’était qu’un sport. Mais plus le temps passe, et plus il se transforme en une industrie où, chaque minute, le rectangle vert cède un peu plus de place au tapis rouge. Les montants augmentent, les salaires aussi, et les joueurs, pourtant le cœur de notre sport, sont réduits à leur simple valeur d’actifs. Aux yeux de certains agents et de certains entourages, ils ne sont plus des jeunes footballeurs avec des envies, des rêves et une carrière à construire, mais une banque qui n’attend que d’être braquée par le plus malin, ou le plus fourbe. Le récent cas de Malick Fofana, l’un des grands espoirs de notre Ligue 1, est peut-être l’un des exemples les plus parlants de cette dérive. Car pendant que les clubs s’activent pour dénicher leurs ultimes recrues dans les dernières heures du mercato, le jeune Belge n’a pas seulement été au centre d’une bataille pour savoir à qui profitera son talent cette saison. Un temps annoncé à Sunderland, un temps à Crystal Palace, Fofana a vagabondé, guidé par les intérêts des uns et des autres, sans avoir le moindre mot à dire sur son propre destin.
L’ENVERS DU DÉCOR
Mais avant d’évoquer cette journée folle, faisons un petit bond en arrière dans le temps. Car pour comprendre comment un talent comme Malick Fofana a pu se retrouver, à 21 ans, au milieu d’un tel imbroglio, avec les seuls intérêts de Sunderland et Crystal Palace, il faut d’abord s’intéresser à ceux qui gravitent autour de lui. Depuis un peu plus d’un an, Fofana est représenté par Roc Nation, l’agence de management fondée par Jay-Z, qui accompagne, si l’on peut décrire son activité ainsi, de nombreux sportifs de premier plan, comme la nouvelle signature du Real Madrid, Yan Diomandé, dont la gestion par cette même agence n’a pas forcément été évoquée de manière très positive cet été. Mais dans l’entourage du joueur, un autre personnage occupe une place centrale : Boubacar Sow, dit « oncle Bouba », proche de la famille et impliqué dans la gestion de la carrière du jeune Belge. D’après les informations de Romain Molina, Roc Nation aurait accepté que les réunions autour du désormais ex-Lyonnais soient gérées par Bouba, tandis que le père du joueur assisterait lui aussi aux négociations. Le début de la fin, selon l’Insider, puisque l’arrivée de « Bouba » dans la carrière de Malick Fofana aurait profondément divisé la famille. D’un côté, la mère du joueur, en total désaccord avec l’idée de confier la carrière de son fils entre les mains d’un quasi-inconnu. De l’autre, le père, obnubilé par l’argent et plus proche de Bouba. Une famille profondément divisée, donc, alors que le père et l’oncle auraient progressivement pris une place considérable dans la vie du jeune joueur.
Et dans le récit de Molina, une chose revient constamment : l’argent. Car si la mère s’oppose aussi frontalement à la prise en main des affaires de Malick par Bouba, c’est en grande partie parce qu’elle refuse de voir son fils réduit à un distributeur de billets, contrairement à d’autres. Preuve en est, l’oncle croquerait sur quasiment tous les mouvements, pour ne pas dire tous, liés à Malick Fofana, tandis que le père, plus en retrait, serait lui aussi particulièrement intéressé par les retombées financières générées par son fils. Transferts, commissions, négociations : chaque étape devient prétexte à gratter quelques liasses. Jusqu’à une conclusion glaçante : « Ils sont en train de lui tuer sa carrière ».
QUI DIT MIEUX ?
Retournons dans le futur. Mardi 1er septembre, dernier jour du mercato. Sunderland est le premier à dégainer pour s’attacher les services du crack belge. Les Black Cats, qui avaient d’abord fait du Marseillais Igor Paixão leur priorité, se rabattent sur Malick Fofana et trouvent rapidement un accord avec l’Olympique Lyonnais. Pour l’OL, qui a besoin de liquidités après sa sortie de route face à Fenerbahçe et donc d’une saison sans Ligue des champions, l’offre est difficile à refuser. Le deal est alors quasiment bouclé. Sauf que Crystal Palace entre dans la danse. Pierre Sage, qui connaît parfaitement Fofana pour l’avoir entraîné à Lyon, prend contact avec le joueur et parvient à le convaincre. Palace formule donc à son tour une offre, supérieure à celle de Sunderland, acceptée par Lyon. En fin de matinée, tout semble donc indiquer que Fofana va rejoindre les Eagles.
Mais les Black Cats n’ont pas dit leur dernier mot. C’est à ce moment-là, toujours d’après Romain Molina, que Bouba intervient pour tenter de faire monter les enchères. Les discussions ne portent alors plus seulement sur le montant du transfert, mais surtout sur les commissions et les demandes de l’entourage. En échange d’un petit chèque, pas si petit que ça apparemment, ils pourraient peut-être s’arranger pour que le joueur change d’avis. Sunderland accepte de revoir largement à la hausse les conditions financières proposées aux représentants du joueur et se montre disposé à satisfaire certaines demandes formulées par l’entourage pour acquérir Fofana. Pendant ce temps, Palace commence à s’agacer. Pierre Sage rappelle Fofana. Le joueur lui confirme alors son envie de rejoindre Crystal Palace, mais malheureusement, l’avis du joueur n’a aucune importance. Il est ici question de gros sous, et seulement de ça. Les enchères continuent.
Les deux clubs se retrouvent finalement au coude-à-coude, à quelques heures du gong, aussi bien sur le montant du transfert que sur les commissions. Et au milieu de cette bataille, Lyon attend, complètement spectateur. Suspendu aux manœuvres douteuses de l’oncle et du père. Les dirigeants lyonnais attendent simplement de savoir où leur joueur va atterrir. À tel point que, sur les coups de 20h, Fofana va passer sa visite médicale à Lyon… sans même savoir pour quel club il la passe. Les deux clubs sont alors convaincus d’avoir le joueur. Deux avions privés patientent sur le tarmac. Et Fofana, lui, est au milieu. Selon Molina, le staff médical décrit alors un joueur stressé, perdu, qui ne sait toujours pas où il jouera quelques heures plus tard, quel virage SA carrière va prendre. Mais ça ne s’arrête pas là. Jamais rassasié, l’entourage aurait alors demandé 500 000 euros supplémentaires pour le père et Bouba. C’en est trop pour Crystal Palace qui aurait sérieusement commencé à s’interroger sur les magouilles de l’oncle. Sunderland, de son côté, se serait montré plus « malléable » et aurait accepté de satisfaire les exigences financières de l’entourage.
Malick Fofana quitte donc Lyon et rejoint Sunderland pour 35 millions d’euros, bonus compris, devenant la recrue la plus chère de l’histoire du club. Mais derrière ce transfert aussi spectaculaire qu’honteux, une image reste : celle d’un joueur de 21 ans au talent immense qui, jusqu’aux dernières heures, ne savait pas lui-même où il allait poursuivre sa carrière.
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