FRANCE 3-1 SÉNÉGAL : LES BLEUS ENTRENT DANS LEUR MONDIAL, MBAPPÉ DANS L’HISTOIRE

Bousculée et imprécise pendant 45 minutes, l’Équipe de France s’est finalement imposée 3 buts à 1 face au Sénégal pour son entrée en lice dans cette Coupe du monde 2026 grâce à une seconde mi-temps libératrice. Portés par un doublé historique de Kylian Mbappé, devenu le meilleur buteur de l’histoire de la sélection tricolore, ainsi qu’une réalisation de Bradley Barcola, les Bleus démarrent de la meilleure des manières leur compétition et confirment leur statut de favoris. Côté sénégalais, Ibrahim Mbaye est lui aussi entré dans la légende en devenant le plus jeune buteur africain en Coupe du monde.

 

On n’en pouvait plus d’attendre. Presque une semaine que la Coupe du monde avait débuté, presque une semaine que les sélections défilaient sans la moindre trace de bleu à l’horizon. Mais après des jours, des semaines, peut-être même des mois à patienter, le grand soir était enfin arrivé. Ce mardi, les familles étaient réunies, les bars étaient remplis, toute la France retenait son souffle avant le premier rendez-vous des Bleus dans ce Mondial 2026 face au SénégalMais très vite, l’impatience a laissé place à l’inquiétude. Et pendant 45 minutes, il y avait de quoi. Entre un poteau de Nicolas Jackson, l’occasion en or d’Ismaïla Sarr, le déchet technique des tricolores et une animation offensive bien trop timide, l’Équipe de France semblait jouer la boule au ventre, affectée par l’enjeu, la pression et l’attente immense qu’elle suscite. Puis les Bleus se sont réveillés. Et comme souvent dans les grands rendez-vous, ce réveil porte un nom : Kylian Mbappé.

MBAPPÉ, LE DÉCLIC ?

Pourtant, le capitaine français est loin d’être irréprochable. Techniquement, sa première période fut laborieuse, à l’image de ses coéquipiers, marquée par plusieurs contrôles ratés et de mauvais choix. Mais sans ballon, son match racontait déjà une autre histoire. Souvent critiqué, à juste titre, pour son jeu sans ballon et sa fâcheuse habitude à décrocher pour avoir le ballon dans les pieds, ses appels étaient plus justes, ses déplacements plus cohérents qu’à l’accoutumée. Pourtant, quelque chose semblait manquer. On le sentait derrière notre écran : Kylian Mbappé jouait avec le frein à main. Chaque prise de balle manquait d’assurance, chaque geste semblait exécuté avec une demi-seconde d’hésitation. Il ne lui manquait qu’un déclic, un but. Et ce déclic est arrivé de celui qui devient peu à peu son meilleur allié tricolore : Michael Olise. D’une passe inhumaine parfaitement distillée dans la profondeur, le meneur français a servi son capitaine sur un plateau. Mbappé n’avait plus qu’à conclure, et il l’a fait sans trembler cette fois. Et même si la France montrait un visage bien plus séduisant en seconde mi-temps, le vent a véritablement tourné à cet instant. Le Sénégal devait attaquer pour recoller, a commencé à laisser des espaces, et s’est fait punir. Fraîchement entré en jeu, Bradley Barcola profite des brèches. Idéalement servi par Adrien Rabiot au terme d’un superbe appel croisé avec Mbappé, le double champion d’Europe avec le PSG conclut d’un lob plein de sang froid pour inscrire son premier but en compétition majeure avec les Bleus. Et comme souvent avec Mbappé, lorsque la confiance est là, il devient presque inarrêtable. Une fois lancé, le numéro 10 des Bleus redevient ce joueur capable de faire la différence sur une seule action. Alors que le Sénégal venait de réduire l’écart par l’intermédiaire d’Ibrahim Mbaye et que l’on s’attendait à quelques minutes sous tension, Mbappé a définitivement éteint tout suspense. Alors que le speaker du MetLife Stadium scandait encore le nom de la pépite sénégalaise, le numéro 10 des Bleus s’est retrouvé balle au pied à 25 mètres et a parachevé le succès français d’une frappe lumineuse dans la lucarne gauche d’Édouard Mendy. Le message est clair : Kylian Mbappé est de retour. Après deux saisons compliquées au Real Madrid, aucun joueur n’était plus attendu que le capitaine français dans son mondial 2026. Parce qu’aujourd’hui encore, Kylian Mbappé est le visage de l’Équipe de France. Parce qu’à 27 ans seulement, Kylian Mbappé, c’est la Coupe du monde. Et parce qu’il est celui dont on attend toujours le but, la performance, le geste qui fait basculer une rencontre. Tout n’a pas été parfait, loin de là. Mais au moment où son équipe avait besoin de lui, il a répondu présent. Une nouvelle fois, Mbappé a montré le chemin du succès. Michael Olise a été le leader technique de cette rencontre, l’homme du jeu. Mbappé, lui, en a été l’homme du résultat. Le leader mental de cette sélection, celui qui transforme les temps forts en victoires. Grâce à son doublé, Mbappé dépasse Olivier Giroud et devient seul meilleur buteur de l’histoire de l’équipe de France avec 58 réalisations, lui qui en est déjà le meilleur passeur. Il dépasse également Just Fontaine et devient le meilleur buteur français en Coupe du monde avec 14 buts, se rapprochant encore davantage de Miroslav Klose et désormais de Lionel Messi, recordmen de la compétition.

 

OLISE AUX COMMANDES, DEMBÉLÉ EN QUESTION

Si Kylian Mbappé a une nouvelle fois attiré tous les projecteurs, il serait réducteur de résumer cette victoire française à son seul doublé. Derrière les records du capitaine, un autre homme a changé le visage des Bleus : Michael Olise.

Depuis plus d’un an maintenant, Michael Olise occupait le poste de numéro 10 en Équipe de France, délaissant son côté droit préférentiel. Un sauce Deschamps qui a mis du temps à prendre mais qui a finalement porté ses fruits avec un match de patron du bavarois face au Brésil en mars. Pourtant, face à l’Irlande du Nord lors du dernier match de préparation, DD a changé ses plans. Fini Olise dans l’axe, c’est Ousmane Dembélé qui jouera derrière Kylian Mbappé. Une possibilité qui permettait à la fois à Olise de jouer à droite et à Dembélé d’occuper le cœur du jeu comme au PSG, bien que derrière un attaquant. Un choix loin d’être incompréhensible sur le papier, mais trop brusque, trop tardif. À la pause, Didier Deschamps a donc corrigé ce choix qui ressemblait de plus en plus à une erreur. Un changement payant. Plus libre, plus haut sur le terrain, trouvé dans des zones plus dangereuses, Olise a pris les choses en main. Là où la première période avait été marquée par les approximations, le manque de mouvement et l’absence de créativité, les Bleus ont retrouvé une garantie technique. À chaque prise de balle, le joueur du Bayern apportait du rythme, de la justesse et cette capacité rare à voir avant tout le monde la passe qui peut changer le destin d’une rencontre. Car aujourd’hui, Michael Olise est la référence technique de cette équipe de France. Plus encore qu’à droite, c’est dans l’axe qu’il semble capable d’exprimer pleinement son talent avec le maillot tricolore sur le dos, sans que ça ne l’empêche de dézoner sur l’aile comme sur l’action du premier but hier. Il a besoin de toucher beaucoup de ballons, d’avoir de la liberté, des responsabilités et des solutions autour de lui pour distribuer, créer et inventer. Sa relation avec Kylian Mbappé prend d’ailleurs une dimension toujours plus intéressante au fil des matchs. Sans quelques situations mal négociées par son capitaine avant l’ouverture du score, Olise aurait même pu terminer la rencontre avec plusieurs passes décisives. Une statistique qui aurait parfaitement reflété son impact sur le match.

À l’inverse, Ousmane Dembélé continue de chercher sa place dans cette animation offensive. Certes, le Ballon d’Or n’évolue pas dans le même rôle qu’au PSG, mais cet argument a ses limites. La réalité du football de sélection a très souvent été différente de celle du football de club et l’histoire de l’Équipe de France regorge de joueurs ayant brillé dans des positions différentes de celles occupées en club. Blaise Matuidi lors du mondial 2018, Antoine Griezmann en 2022 voire en 2018. A l’image de ses dernières apparitions en Bleus, Dembélé a une nouvelle fois traversé la rencontre sans réellement peser sur les événements, malgré une belle ouverture pour Mbappé dans les premières minutes. Des approximations techniques inhabituelles, un positionnement incertain et surtout une influence très limitée, y compris lors des meilleures séquences françaises. Premier attaquant remplacé, il a vu Bradley Barcola entrer puis marquer sur son premier ballon. Une image qui résume assez bien la dynamique actuelle. Personne n’a oublié ce que Dembélé a apporté au PSG. Personne ne remet en question son talent. Mais ni un Ballon d’Or ni des performances en club ne doivent garantir un passe-droit éternel en équipe de France. La concurrence est forte, et elle performe. Entre Olise indispensable dans le cœur du jeu, Désiré Doué qui continue de s’imposer malgré une prestation un peu plus discrète qu’à son habitude, et Barcola décisif lorsqu’il entre, le constat devient difficile à ignorer. À l’heure actuelle, Ousmane Dembélé n’affiche tout simplement pas le niveau nécessaire pour être considéré comme un titulaire indiscutable de cette équipe de France.

 

UNE ÉQUIPE DE FRANCE À DEUX VITESSES

Au fond, cette victoire française est surtout le récit d’une équipe à deux visages. Au bout de 45 minutes de jeu, le verdict était sans appel : les hommes de Pape Thiaw étaient plus précis, plus agressifs dans les duels, plus dangereux, … Tout paraissait clair, net et précis dans les têtes sénégalaises, au contraire des Français. Mais les Lions de la Teranga ont failli. Malgré leurs nombreuses occasions, ils n’ont pas concrétisé. Et à ce niveau-là, face à des talents comme ceux de l’Équipe de France, ça se paie cash. Au retour des vestiaires, le match n’était plus le même. Les appels dans le dos de la défense se sont multipliés, le ballon a circulé plus vite, le niveau technique français s’est considérablement élevé et les Sénégalais, eux, ont petit à petit disparu. Là où les Champions d’Afrique en titre – ou presque – pouvaient défendre dans un bloc compact sans être réellement inquiété par des Bleus statiques, la défense sénégalaise s’est peu à peu étirée de tous les côtés. Les espaces sont apparus, les stars ont pris le relais et les Bleus ont progressivement repris le contrôle du match. Ce n’était pas parfait, mais c’était suffisant. Car c’est peut-être là le principal enseignement de cette entrée en lice. L’équipe de France n’est pas encore totalement prête. Il lui a fallu une mi-temps entière pour entrer dans sa Coupe du monde. Mais contrairement à plusieurs grandes nations déjà accrochées ou mises en difficulté dès le premier tour, les hommes de Didier Deschamps ont trouvé les ressources pour réagir et aller chercher un succès précieux. Les vrais favoris ne gagnent pas toujours avec la manière. Ils gagnent alors qu’ils ne sont pas à leur meilleur niveau.

Et si les attaquants ont fini par faire la différence, la véritable fondation de cette victoire se trouvait sûrement derrière. William Saliba a tout d’abord réalisé une prestation de grande qualité, sûr dans toutes ses interventions malgré le doute qui entoure son état physique, mais s’il ne fallait retenir qu’un nom, ce serait celui de Dayot Upamecano. Rapide, agressif, dominateur dans les duels et irréprochable dans sa concentration, le défenseur du Bayern a été plus qu’un patron pour son équipe, il a envoyé un message : lorsqu’il est comme ça, c’est lui le meilleur défenseur central du monde. Là où Mbappé et Olise ont eu besoin d’une période pour se mettre en route, Upamecano a répondu présent pendant quatre-vingt-dix minutes. Le véritable homme du match était peut-être là.

Adrien Rabiot a lui aussi confirmé que son volume de jeu, sa capacité à couvrir les montées de Théo Hernandez et sa fiabilité dans l’utilisation du ballon en font un élément indispensable du onze français. Même lorsqu’il ralentit le jeu, il apporte une sécurité précieuse et voit sa prestation solide être récompensée par une magnifique passe décisive pour Bradley Barcola. À l’inverse, Jules Koundé a vécu une soirée plus compliquée. Ni particulièrement influent offensivement, ni vraiment rassurant défensivement, le latéral français est passé à côté de sa première période avant de se reprendre légèrement après la pause, à l’instar de toute l’équipe. Rien d’alarmant à l’instant T, mais une nouvelle sortie difficile qui confirme que le latéral catalan n’est pas sur la meilleure des dynamiques, alors qu’il avait été l’un des meilleurs Français lors du dernier Euro en Allemagne. 

 

Malgré une première période poussive face à des Sénégalais au rendez-vous, l’Équipe de France a su passer à la vitesse supérieure grâce à un changement tactique décisif mais surtout à des individualités qui ont su hausser leur niveau de jeu pour aller chercher le premier succès tricolore de ce mondial américain. Cap désormais sur Philadelphie où les hommes de Didier Deschamps défieront l’Irak, vaincu 3 buts à 1 par la Norvège, pour sécuriser une première place acquise en cas de victoire des Lions de la Teranga face aux vikings d’Erling Haaland. 


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