Pour leurs retrouvailles, quatre ans après la demi-finale au Qatar, l’Équipe de France a une nouvelle fois dominé son voisin marocain (2-0), bien plus tranquillement qu’en 2022. Grâce aux réalisations de Kylian Mbappé et Ousmane Dembélé, les Bleus filent dans le dernier carré où ils auront à cœur de prendre leur revanche sur l’Espagne, deux ans après leur défaite aux portes de la finale de l’Euro 2024.
Y a-t-il déjà eu une Équipe de France aussi impressionnante, aussi séduisante ? Depuis le coup d’envoi de ce mondial américain, il y a déjà un mois, les hommes de Didier Deschamps franchissent les étapes avec une facilité presque déconcertante. À chaque tour, un nouvel adversaire leur pose une équation différente. Et à chaque tour, les Bleus la résolvent avec la même maîtrise. Mais au-delà des défis proposés par leurs adversaires, c’est surtout aux questions que nous nous posions sur cette équipe avant le tournoi qu’ils répondent, match après match. « Les quatre offensifs peuvent-ils réellement cohabiter ? » Les Bleus ont répondu. « Ce système ultra offensif va-t-il déséquilibrer l’équipe ? » Ils ont répondu. « Le milieu de terrain est-il à la hauteur d’une Coupe du monde ? » Ils ont répondu. Restait une dernière interrogation, la plus importante : que valait réellement cette Équipe de France face à un adversaire de haut niveau ? Jeudi soir encore, la réponse a été cinglante.
Et contrairement à ce que certains voudront retenir, cette démonstration dit sans doute davantage de l’Équipe de France que du Maroc. Car on entend déjà que le Maroc n’était pas à son niveau. Que les Lions de l’Atlas ont finalement été surcotés. Que les choix de Mohamed Ouahbi ou des prestations comme celle d’Achraf Hakimi expliquent cette élimination sans appel. La vérité, c’est que si le Maroc a paru aussi inoffensif, c’est en grande partie à cause de l’Équipe de France. Ce n’est plus à prouver, le Maroc est une grande sélection, encore plus forte que celle qui avait bien embêté les Bleus en 2022. On l’a vu tenir tête au Brésil, dominer les Pays-Bas ou encore remporter la CAN il y a seulement quelques mois. Et pourtant, il n’y a pas eu débat sur ce quart de finale. De la première à la dernière minute, les Français ont dominé leur sujet dans tous les compartiments : techniquement, tactiquement, mentalement, physiquement. Partout, les Bleus ont été meilleurs que les Lions de l’Atlas.
UN APPÉTIT DE LION
Le plus impressionnant finalement, n’est peut-être même pas ce que les Bleus ont fait avec le ballon. Ça, on pouvait s’y attendre. C’est surtout sans lui qu’ils ont impressionné, dans l’intensité, le pressing, l’impact. Dès la perte de balle, le premier rideau offensif déclenchait un pressing étouffant. Si le quatuor de devant ne récupérait pas immédiatement le ballon, le double pivot Koné-Rabiot prenait le relais. Et si, par miracle, le Maroc parvenait encore à franchir ces deux premières vagues, Upamecano et Saliba achevaient le travail. S’ils ont tout d’abord tenté d’aller chercher haut l’Équipe de France, les Lions de l’Atlas ont peu à peu renoncé à leur identité de jeu, troquant leurs ressorties de balles soignées si caractéristiques pour de longues relances sans conviction. Le constat est simple : rarement cette équipe a été aussi impuissante. C’est à se demander quel est le véritable point fort des Bleus entre folie offensive et solidité défensive.
Pourtant, comme face au Paraguay une semaine plus tôt, les Bleus ont longtemps buté sur un bloc bien organisé, porté par un Bono des grands soirs. Il y a eu ce penalty manqué par Kylian Mbappé, quelques situations mal négociées et cette crainte du hold-up qui planait au-dessus du Gillette Stadium. Cette petite peur du braquage, celle qui accompagne toujours les rencontres largement dominées sans jamais être totalement tuées, grandissait à mesure que les minutes défilaient. Beaucoup d’équipes auraient commencé à faiblir, à cogiter, à se précipiter pour vite évacuer la pression. Pas celle-ci. Les hommes de Didier Deschamps ont continué à faire ce qu’ils savent faire de mieux : jouer, attaquer et étouffer leur adversaire en attendant patiemment que la faille apparaisse. Comme si, au fond, ils savaient déjà que leur heure finirait par venir. Cette équipe ne se contente plus de dominer ses adversaires, elle maîtrise aussi parfaitement ses émotions. Et c’est souvent ce qui sépare les très belles équipes des futures championnes du monde.
LA PLUS GRANDE DE TOUTES ?
Après une nouvelle qualification dans le dernier carré d’un mondial, les chiffres deviennent complètement fous pour les Bleus. Cette demi-finale est déjà la troisième consécutive en Coupe du monde, la cinquième sur les six derniers tournois majeurs. Plus encore, les tricolores se battront mardi pour une troisième finale de rang. Pourtant, au-delà de cette régularité exceptionnelle, c’est la facilité avec laquelle cette équipe atteint les sommets qui impressionne le plus. Jamais, sous Didier Deschamps, une qualification pour le dernier carré n’avait semblé aussi naturelle, presque inévitable. Les Bleus ont souvent performé sous Didier Deschamps, ils ont parfois dominé. Mais rarement ils avaient procuré un tel plaisir. Pendant longtemps, le plaisir que procurait cette équipe était presque entièrement conditionné par le résultat final. On acceptait un football plus pragmatique parce qu’il conduisait vers les trophées, jusqu’à la caricature de l’Euro 2024. Cette fois, il n’y a plus besoin d’attendre le coup de sifflet final pour prendre son pied. Cette équipe est séduisante, elle joue juste, elle joue libérée. Surtout, elle dégage cette joie communicative, cette impression de regarder une bande de potes jouer les uns pour les autres. Et c’est peut-être ce qui la rend si particulière. Car si cette équipe est peut-être déjà la plus esthétique, il ne lui reste plus que deux matchs pour devenir la plus grande de tous les temps.
LE ROI DE LA SAVANE
Pendant près de soixante minutes, Kylian Mbappé a sans doute livré son match le moins abouti depuis le début de cette Coupe du monde. Un penalty manqué, quelques approximations techniques, un marquage à deux permanent… Et puis arrive l’heure de jeu. Ce moment où le doute peut commencer à s’installer. Cette peur de se faire avoir dans un match que l’on domine pourtant de la tête et des épaules. C’est à cet instant que le monstre sort de sa boîte et vient rassurer tout le monde. Le capitaine français reçoit le ballon à l’entrée de la surface après un joli geste de Désiré Doué. Devant lui, à peine cinquante centimètres pour trouver une ouverture. Pour la plupart des joueurs, c’est un mur. Pour Kylian Mbappé, c’est largement suffisant. Sa frappe en feuille morte vient mourir au fond des filets de Bono. En une seconde, tout bascule.
C’est ce qui rend le numéro 10 français si terrifiant. Même dans un soir où il rate un penalty, où tout lui réussit un peu moins, il finit toujours par être décisif. Vingtième but en vingt matchs de Coupe du monde, cinquième ouverture du score en six rencontres dans ce Mondial : Mbappé continue d’écrire sa légende. On pensait l’avoir vu atteindre les sommets au Qatar en 2022. En réalité, il est encore meilleur aujourd’hui. Plus complet, plus influent, plus leader. Interrogé après la rencontre sur la tristesse de son grand ami Achraf Hakimi, éliminé avec le Maroc, le capitaine français n’a laissé aucune place aux sentiments : « Ce sera plus dur quand je le verrai dans les vestiaires parce qu’on redevient des humains après le match, on redevient amis. Mais sur le terrain, il n’y a pas d’émotion. Je suis là pour gagner ». En quelques mots, il a parfaitement résumé ce qu’est devenue cette Équipe de France : froide, clinique et obsédée par une idée : gagner.
LA FORTERESSE BLEUE
Seulement, le football ne se gagne jamais seul. Derrière le monstre Mbappé, d’autres Bleus ont eux aussi largement participé à cette démonstration. À commencer par un duo de milieux qui a littéralement marché sur celui des champions d’Afrique. Car si on pouvait légitimement craindre que le double pivot français souffre face aux cinq milieux marocains, il n’en a rien été. Bien au contraire. Déjà séduisant face à l’Irak, Manu Koné a sans doute livré son meilleur match sous le maillot bleu. Agressif dans le bon sens du terme, omniprésent au contre-pressing, le Romain a étouffé les Marocains à chaque récupération, semant peut-être le doute dans l’esprit de son sélectionneur sur l’identité du titulaire en demi-finale, maintenant que Tchouaméni est de retour. À ses côtés, Adrien Rabiot confirme que, s’il était déjà solide en 2022, il est désormais indispensable. Toujours là pour colmater les brèches de cette équipe à quatre offensifs, il continue de faire un travail de l’ombre devenu essentiel. Une nouvelle fois, le milieu français a répondu présent au moment où on l’attendait le plus.
Si Mbappé terrorise les défenses, Dayot Upamecano fait sûrement cauchemarder les attaquants adverses. Toujours aussi impérial dans les duels, irréprochable dans la couverture, le défenseur du Bayern confirme, match après match, qu’il est devenu l’une des plus grandes garanties de cette Équipe de France. Aux côtés d’un William Saliba lui aussi très performant, il forme aujourd’hui la meilleure charnière centrale du mondial.
Dans la lancée de son entrée décisive face au Paraguay, Désiré Doué a probablement été le Français le plus remuant de la première période. Face au bloc bas marocain, le choix de Didier Deschamps de le préférer à Bradley Barcola s’est révélé payant. Percutant, déroutant, « Dez » était à l’origine de la plupart des grosses occasions françaises en première période, avant d’être passeur décisif pour Kylian Mbappé. Mais si Désiré Doué a brillé côté gauche, que dire de son copain parisien à droite ? Distributeur, premier dans le pressing mais surtout buteur, Ousmane Dembélé continue de monter en puissance et tient probablement son premier but référence en grande compétition avec son cinquième but du tournoi inscrit sur un contre éclair.
Il y a deux ans, la France abordait sa demi-finale de l’Euro face à l’Espagne avec plus d’interrogations que de certitudes. Cette fois, le décor est bien différent. À force de répondre à toutes les questions qui entouraient cette équipe depuis le début du tournoi, les Bleus ont fini par en faire disparaître la plupart. Il n’en reste désormais plus qu’une seule : qui est réellement capable de battre cette Équipe de France ? Une chose est sûre, les hommes de Didier Deschamps retrouveront la Roja avec une confiance rarement vue ces dernières années, bien décidés à prendre leur revanche et à se rapprocher un peu plus d’une troisième étoile.
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