RAYAN CHERKI : DE BAD GONE À PRINCE D’ANGLETERRE

« Cherki n’est pas un joueur de haut niveau. »

« Ce que fait Cherki, c’est cataclysmique, c’est de la bouillie de football. »


« Ce n’est pas la moitié du cerveau de Ben Arfa, il ne devrait plus jamais remettre les pieds dans cette équipe. »

C’est ainsi qu’on pouvait décrire celui qui, il n’y a pas si longtemps, errait comme une promesse perdue. Longtemps critiqué, souvent incompris, le joyau formé à Lyon a fait taire les doutes. Ce samedi, sous la pluie de Nottingham, il a illuminé l’après-midi Citizen. Une passe lumineuse, quelques fantaisies, un but limpide. Guardiola a souri, et tout Manchester s’est levé pour acclamer celui que l’on jurait incapable de grandir. 

LE GÉNIE AU FEU FRAGILE

On l’avait vu venir, pourtant. Dans les travées de Décines, ses formateurs racontaient déjà un gamin différent. Au micro de l’Équipe, Jean-François Vulliez, directeur du centre de formation à l’époque Cherki, le décrivait comme « un joueur à part, doté d’une intelligence de jeu rare ». Ses coéquipiers parlaient d’un jeune capable de « voir avant tout le monde ». La flamme du génie est là.

Mais le feu brûle parfois. À Lyon, Cherki a souvent irrité. Manque de régularité, attitude inacceptable, individualisme… Les matchs, les coachs se succèdent, les reproches aussi. Au début de la saison dernière, la tension atteint son paroxysme, il n’apparaît même plus dans le groupe professionnel. Absent lors des quatre premières journées de Ligue 1, on le dit fini, arrogant, consumé par son propre talent. Puis, face à Marseille, Cherki réapparaît. Il marque, convainc, fait basculer sa saison. 13 réalisations, 21 passes décisives, deux buts contre Manchester United en Ligue Europa. Rayan Cherki devient le guide, celui que l’on suit quand l’équipe chancelle.

LA VIE EN SKYBLUES

Puis vint l’appel de l’Angleterre. Quand Manchester City a déboursé un peu plus de 40 millions d’euros pour l’attirer, les esprits grincent : « un joueur avec son sérieux ne peut pas jouer sous Guardiola ». Tiendra-t-il le choc ? Mais la réponse ne tarde pas. Buteur lors de sa deuxième apparition au mondial des clubs, Cherki confirme les espoirs en ouvrant son compteur dès ses premières minutes de Premier League face à Wolverhampton. Le public découvre un joueur libre, imprévisible. Puis, au pire moment, la cuisse lâche. Et le doute, encore. Comme un rappel que rien n’est jamais simple pour ceux qui ont un destin.

Éloigné des terrains plus d’un mois, c’est un autre homme qui revient sur les pelouses anglaises début octobre. Celui qu’Haaland appelait « le gros Français » n’est plus qu’un souvenir. Il revient plus affuté, plus vif, le corps et l’esprit plus légers que jamais. Dès son retour, il s’impose. Cinq buts, huit passes décisives, il devient le génie créatif d’une équipe parfois en manque d’imagination. Guardiola lâche alors cette phrase, comme un résumé de sa rigueur en fusion avec le génie de Cherki : 

« Parfois j’ai envie de lui crier dessus, parfois j’ai envie de l’embrasser. »

Cette phrase n’est-elle pas la définition du génie ? Celui qui échappe à la logique, qui transforme l’impatience, la critique, en admiration. Rayan Cherki est devenu cet enfant libre qui remet des couleurs dans un football parfois trop terne, trop réglé. Haaland finit, mais c’est Cherki qui fait rêver.

Aujourd’hui, la France se prépare à le retrouver sous un nouveau maillot. En juin dernier, Didier Deschamps lui a offert sa première titularisation : premier hymne en Bleu, premier but, premières étoiles dans les yeux. Et peut-être, dès l’été prochain aux États-Unis , l’occasion d’en décrocher une de plus, à coudre au-dessus du coeur des Français.

Une chose est sûre : Rayan Cherki n’est plus un espoir. Il est une évidence.

Le Bad Gone est devenu Prince d’Angleterre.


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