Alors que le football de clubs reprenait ses droits depuis début août au plus grand plaisir des fans, la traditionnelle trêve internationale de septembre est venue nous replonger dans le passionnant foot de sélection qui nous avait visiblement tous manqué. L’occasion de renouer les liens avec les bleus après un Euro qui, malgré une demi-finale, a laissé un goût amer chez les Français. Pour cela, rien de mieux qu’un choc face à la Squadra Azzurra Italienne, idéalement suivi par le pimenté France-Belgique. Les supporters attendaient du changement et ont bel et bien crû qu’il aurait lieu puisqu’en effet, le très demandé Michael Olise fêtait sa première sélection avec les A, accompagné par son coéquipier des JO Manu Koné.
Mais malgré cette bonne impression, tout ne s’est pas réellement passé comme prévu pour les bleus. Bien que la victoire 2-0 face aux Diables Rouges ce lundi soir ait fait du bien au moral, de nombreuses inquiétudes subsistent dans un groupe qui ne semble plus tout à fait à l’écoute de son sélectionneur, dans la lignée de cet été. Mais que retenir de ce rassemblement de septembre pour l’Equipe de France ?
DES ECLAIRS DE PROMESSES…
Bien que, vous l’aurez compris, l’heure est plutôt à l’incertitude et au doute, il demeure tout de même quelques points encourageants à retenir de ces deux matchs. Tout d’abord, dans la continuité de l’Euro 2024 où il avait été la seule satisfaction, le secteur défensif s’avère une nouvelle fois être le véritable point fort de cette équipe française. Le retour de la charnière centrale Saliba-Upamecano face aux Belges aura fait un bien fou après une performance plus que mauvaise contre l’Italie où Konaté avait remplacé le défenseur bavarois. Irréprochable depuis maintenant de bons mois, Jules Koundé n’aura laissé aucune chance au virevoltant Jeremy Doku et s’impose de plus en plus comme le titulaire indiscutable que l’on attendait sur le côté droit de l’arrière garde bleue. Vous me direz, difficile de ne pas être titulaire lorsque le concurrent est Jonathan Clauss, complètement dépassé contre l’Italie vendredi dernier. Pas grand chose à rajouter défensivement si ce n’est la bon match de Lucas Digne qui faisait son retour en EDF après plus de 2 ans d’absence, remplaçant Ferland Mendy forfait.
La nouvelle génération bleue a également montré de belles promesses avec les bons matchs de Michael Olise et surtout de Bradley Barcola contre l’Italie, ce dernier devenant le buteur le plus rapide de l’histoire de l’Equipe de France après seulement 13 secondes de jeu. Bien que ce soit très positif aux premier abord, l’explosion de ces deux talents posent question au niveau de Didier Deschamps. Pour Barcola, pourquoi ne pas lui avoir donné plus de temps de jeu lors de l’Euro. Plébiscité par tous les fans après son excellente saison au PSG, le natif de Lyon ne semblait pas pour autant réellement faire partie des plans de DD l’été dernier. Pourtant l’une des rares satisfactions de match contre la Pologne et également auteur d’une bonne entrée face au Portugal, Barcola aura du se contenter d’un gros quart d’heur face à l’Espagne en demi finale, match où il aurait sûrement aidé. Un avènement qui paraît être légèrement à contretemps pour le crack parisien. Dans le cas de Michael Olise, c’est encore différent. Entre autres, il est beaucoup reproché à Deschamps de sélectionner les joueurs pour leur statut et non pour leurs réelles performances en club. Cette fâcheuse tendance se confirme avec Olise qui aura sûrement payé le fait de jouer pour Crystal Palace et non pour un géant européen la saison dernière. Bizarrement, lorsqu’il signe au Bayern Munich, il est directement appelé en A alors qu’il n’a pourtant joué qu’une poignée de matchs en Bavière, pas de quoi passer un cap significatif dans son niveau de jeu. Dernier point positif de ce rassemblement, la prestation de Manu Koné face aux Belges. Le petit nouveau bénéficiait d’une place de titulaire suite à la très mauvaise sortie de Fofana contre l’Italie et il aura parfaitement su en profiter. Après un début de match un peu compliqué, le médaillé d’argent aux JO 2024 s’est superbement remobilisé et a réalisé un très bon match, peut être l’homme du match de lundi. Néanmoins, attention à ne pas s’enflammer. Koné a été bon mais il faudra montrer de la continuité pour prétendre à une place dans le onze de départ de Didier Deschamps, bien qu’il semble en capacité de passer devant Fofana dans la hiérarchie des milieux. De plus, malgré son bon match, le néo-romain n’est pas le génie créatif que tous les français attendent dans l’entrejeu depuis le départ d’un certain Paul Pogba…
MAIS DES NUAGES PERSISTANTS DANS UN CIEL SOMBRE
Malgré le retour de notre N’golo Kanté aux trois poumons au milieu de terrain, ce n’est pas lui qui comblera le manque criant de créativité en Equipe de France. Oui, Kanté a toujours été excellent en bleu, indispensable sans doute. Mais le génie de la Coupe du Monde 2018, de l’Euro 2016, ce n’est pas lui mais bien Paul Pogba. Sera t-il remplacé un jour ? C’est une question que l’on peut se poser tant le talent du français était générationnel. Aujourd’hui, nous pouvons penser à Eduardo Camavinga dans ce rôle de milieu créatif mais est-il capable de jouer le rôle d’un Pogba, probablement pas. Il reste cependant un excellent joueur qui nous fera beaucoup de bien à son retour, forfait pour ce rassemblement. Derrière le madrilène en vient un autre, Aurélien Tchouaméni. Bien que la comparaison puisse être tentante, Tchouaméni n’est pas le nouveau Pogba. C’est un joueur plus défensif, moins technique même si attention, ça n’enlève en rien à son talent qui ne fait aucun doute tant il a déjà prouvé en Equipe de France, notamment lors de son mondial 2022. Quand on pense à la relève, le nom de Warren Zaïre-Emery nous vient forcément à l’esprit mais, encore une fois, ce n’est pas un créateur comme l’était l’ancien mancunien. Le fameux vivier Français, tant décrit comme le meilleur du monde ou l’un des meilleurs ne montre-t-il pas ici une très grande limite ? Car, on a beau regarder la génération actuelle ou à venir, aucun milieu ne semble être en mesure d’incarner le rôle du véritable créateur. C’est une impression que l’on partage depuis maintenant quelques années puisque c’est Antoine Griezmann qui avait dû jouer en numéro 10 reculé au Qatar pour assurer cette inventivité dans l’entrejeu.
Et cela nous amène à notre deuxième gros problème. Si notre milieu ne va pas bien, sur qui comptons nous pour combler les trous ? Griezmann. L’attaque est donc affaiblie, comment régler ça ? Un vrai trio d’attaque avec de la complémentarité et de l’entente ? Non une individualité, celle de Kylian Mbappé. Aujourd’hui ce n’est pas un collectif que met en place Deschamps mais bien un équipe qui repose sur des individualités. Alors oui, c’est un système qui peut fonctionner comme on l’a vu lors de la Coupe du Monde 2022 où Mbappé, pour ne citer que lui, marchait littéralement sur l’eau. Malheureusement pour nous, ce « plan de jeu » montre très rapidement ses limites. Nous parlons du mondial 2022 dans son ensemble comme étant une réussite mais quand est-il de la finale ? Car oui, nous retenons que la France va aux tirs au buts après un spectaculaire 3-3. Mais nous semblons oublier les 80 minutes de néant total de l’EDF qui aura eu besoin d’un triplé de sa star pour se réveiller. La cause de cette performance plus que mauvaise, un Antoine Griezmann diminué, fatigué tant il a donné pour cette équipe. Comme on dit « un seul être manque et tout est dépeuplé ». C’est ce qu’il se passe lorsqu’une équipe repose sur deux ou trois joueurs. C’est donc déjà peu fameux lorsque Grizou manque à l’appel mais quel peut être le résultat lorsque c’est aussi le cas pour Kylian Mbappé ? Nous l’avons vu lors de l’Euro 2024. Une équipe de France en perdition, sans jeu ni idées qui aura attendu les demi-finales pour marquer un but dans le jeu. Un grave constat qui démontre bien l’impossibilité de baser l’entièreté de son jeu sur des individualités, aussi fortes soient elles. Maintenant, tout n’est pas la faute de Deschamps. Les joueurs sont également en tort. Le Champion du Monde 1998 n’est pas responsable de la grande méforme de Mbappé par exemple. Il se retrouve finalement lui-même « bloqué » si l’on peut dire avec des joueurs comme Mbappé ou Griezmann, pour ne citer qu’eux, qu’il ne peut retirer de son onze de départ peu importe leur forme du moment. C’est ce qui nous mène à notre dernier point. Tout le positif de ce rassemblement, ou presque, semble être éphémère.
Certes, Barcola, Michael Olise, Manu Koné ont réalisés de très bons matchs. Mais, mis à part Barcola qui peut espérer s’installer durablement dans le onze, aucun ne semble capable à l’heure actuelle de conserver une place de titulaire. Pour Olise, Mbappé bloque une place dans le trident offensif quel que soit son niveau à l’instant T. Barcola est lui aussi bien parti pour démarrer à gauche, reste donc Dembélé qui sort d’un très bon match face à la Belgique et qui réalise pour le moment un très bon début de saison. Ça ne s’arrête pas là puisque le cas de Mbappé est encore plus complexe. A gauche, en pointe ? Tant que l’on n’est pas définitivement fixé sur ça, difficile d’imaginer une bonne intégration d’Olise. Pour Koné, il est encore une option secondaire derrière des joueurs confirmés comme Kanté, Tchouaméni, Camavinga ou encore Griezmann. Nous pouvons revenir sur Ousmane Dembélé, lui aussi plutôt convaincant lundi. Maintenant, nous le savons, Dembouz est un joueur très particulier, capable du pire à l’image de son entrée contre l’Italie mais aussi du meilleur quelques jours plus tard. Encore une fois, ce point « positif » semble être éphémère, à moins que l’ancien rennais trouve enfin une certaine régularité.
L’EQUIPE DE FRANCE EN PLEINE TOURMENTE
Plus généralement, c’est une impression de rupture entre les joueurs et l’entraîneur qui se dégage de l’Equipe de France ces derniers temps. Avec une attaque en crise où Bradley Barcola doit endosser la cape du héros offensif, un milieu moyen et un coach incompris, ce rassemblement que l’on espérait rassurant nous plonge un petit peu plus dans l’angoisse. Les joueurs eux-mêmes ne se comprennent plus comme nous le rapporte l’Equipe avec le coup de gueule de Mike Maignan dans les vestiaires après la prestation de vendredi contre l’Italie. Il le dit lui-même : « le groupe vit mal ». Une situation inquiétante renforcée par l’attitude du capitaine, Kylian Mbappé qui paraît complètement déconnecté. Perdu sur le terrain, on peine à retrouver celui qui éclaboussait la planète foot de son talent il y a encore deux ans au Qatar. Il aurait cependant réclamé, à l’approche du dernier match, un « travail tactique plus fourni afin d’avoir davantage de repères » (l’Equipe). Un sentiment partagé par Antoine Griezmann qui nous décrit un Euro « compliqué », la faute à ses nombreux repositionnements tactiques. C’est peut être un peu exagéré ici puisque le joueur de l’Atletico n’a pas non plus performé lorsqu’il a joué à son poste les trois quarts de la compétition. Toujours est-il que Didier Deschamps ne semble plus être sur la même longueur d’onde que ses joueurs, lui qui a tant compté sur cette solidarité de groupe par le passé. Pour ne rien arranger, les problèmes se poursuivent en tribune puisque les supporters eux aussi se détachent peu à peu de leur équipe comme en témoigne les sifflets du Groupama Stadium à l’entame du match face à la Belgique. Un contexte alarmant d’autant plus que l’on sait que Deschamps devrait continuer au moins jusqu’en 2026 à la tête des bleus. Reste désormais à voir comment se dérouleront les rassemblements d’octobre et de novembre prochains qui seront déterminants pour l’avenir de l’Equipe de France.
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